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Le mystère du Kantsou
La philanthropie mondiale est venue au secours du Japon dévasté. Il n'en fut pas de même lorsque la Chine, à la fin de 1922, fut victime d'un tremblement de terre qui fit plus de 200.000 victimes; et cette différence s'explique par la raison que le cataclysme du Kantsou fut révélé avec plusieurs mois de retard, la Chine ayant gardé le plus possible son secret. L'explication au sujet de la lenteur qui accompagna la divulgation de la catastrophe, nous la trouvons fort curieusement exposée dans la relation de M. Josef W. Hall, plus connu en littérature sous son pseudonyme de Upton Close, correspondant à Pékin de The China Press, de Shanghai, et qui fut le premier journaliste à visiter l'aire de destruction et à secourir les survivants. Le Kantsou est peuplé en grande majorité de musulmans, qui forment en Chine comme un Etat dans l'Etat. D'humeur belliqueuse, ils professent un profond mépris envers les autres confessions... Un proverbe chinois dit : « Le ciel tue ses victimes par centaines. Les mahométans massacrent les leurs des dizaines de mille ». Or, au moment où se produisit la catastrophe, les musulmans du Kantsou préparaient une jéhad, ou guerre sainte. Sous la direction d'un nouveau prophète, nommé Ma, qui avait acquis une influence toute-puissante dans la province, ils s'apprêtaient à donner une fois de plus raison au sinistre proverbe en mettant à feu et à sang les provinces voisines.. Ma avait convoqué une centaine de notables afin d'arrêter la date du soulèvement. Ils étaient assemblés dans une mosquée souterraine, quand survint la première secousse qui les ensevelit sous les débris d'une montagne. On comprend d'autant mieux que les Célestes aient considéré la catastrophe comme un événement providentiel, qu'elle fit surtout des victimes dans les clans musulmans. Et l'on s'explique dès lors pourquoi la Chine, en cette occasion, ne fit pas appel à la philanthropie internationale, comme elle a coutume de le faire en ses heures tragiques. La cosmologie chinoise enseigne que le dragon qui dort sous cette partie de l'empire « remue sa queue tous les 300 ans ». Il est heureux que ses réveils périodiques n'engendrent pas uniformément des calamités.
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