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fait divers la femme sans tête 1

POURRA-T-ON IDENTIFIER LE CADAVRE MUTILÉ REPÊCHÉ PRÈS DE MELUN?
Le docteur Paul procédera aujourd’hui
à une contre-autopsie des funèbres débris

Melun, 17 octobre (de notre envoyé spécial)
Dès ce matin, d'après les ordres donnés par M. Demay, juge d'instruction, on a lavé les divers vêtements retrouvés sur le corps de la femme sans tête et sans jambes repêchée à Livry-sur-Seine et dont la vase qui les souillait ne permettait pas un examen suffisant.
Sous l'action de l'eau, ces étoffes ont repris leur apparence première. On peut les étudier à loisir, tandis qu'elles sèchent au soleil, sur la grille qui, derrière le palais de justice, sépare le jardin du tribunal de la gendarmerie. C'est d'abord une chemise de belle toile neuve, avec décolleté et épaulettes de lingerie sans garniture; seule, sur la poitrine, est brodée à la main une petite branche de fleur. Un peu plus loin, on remarque l'initiale D, brodée également à la main. C'est ensuite un corset-ceinture en tricot, dont la nuance put être rose, car on remarque des traces roses ayant déteint sur la chemise. Mais il se peut aussi que ces taches proviennent d'une combinaison en crépon rose, garnie de dentelle, que la victime portait par-dessus son corset. On voit, en effet, quelques taches de cette nuance sur l'étoffe qui constitue le corset.
La victime portait en outre un jupon de coton bleu à raies jaunes assez espacées, un corsage sans manches, en peau de soie de couleur marron, garni aux entournures et au col de fourrure analogue au skuns, enfin un tablier bleu à semis de petits points blancs avec des demi-manches par-dessus le tout.
Quant à la toile qui enveloppait l'ensemble du funèbre colis, elle mesure deux mètres environ et porte à chacun de ses coins un anneau de métal qui permettait de l'accrocher.
Après avoir consigné sur son procès- verbal les détails de ces diverses pièces, M. Demay a convoqué, à quatorze heures, dans son cabinet, un mécanicien expert de Melun, M. Corvoisier, le priant d'examiner la pièce métallique qui servait de lest au cadavre. L'expert a immédiatement reconnu un moyeu de roue arrière très peu usagé et appartenant vraisemblablement à une camionnette de marque italienne.
D'autre part, M. Demay a conféré avec le docteur Malvy au sujet de l'autopsie pratiquée la veille. Le docteur n'a pu se baser sur l'examen de l'épiderme des mains pour tirer quelques déductions sur la situation sociale de la victime. Par suite du séjour prolongé que le corps fit dans l'eau, l'épiderme avait en partie disparu. De longues bandes de peau adhéraient à la chemise.
Par contre, le docteur Malvy a fait part au juge d'instruction d'une observation qui permettra, tout au moins, de restreindre les recherches: la victime, dont il constata la grossesse, était mère pour la première fois.
D'accord avec le praticien, M. Demay a décidé de faire procéder aujourd'hui à uns contre-autopsie, qui sera confiée au docteur Paul.
Au cours de l'après-midi, les inspecteurs Belin et Charpentier, de la première brigade mobile, sont arrivés à Melun. M. Demay, accompagné du greffier Bellezy, s'est rendu avec eux sur les lieux où l'on fit a macabre découverte. Les inspecteurs se sont également ralliés à la thèse suivant laquelle le corps n'a pu être jeté du haut du pont des Chartrettes ni de la rive gauche, seule accessible aisément. Ils envisagent donc, comme seul probable, l'apport du cadavre au moyen d'un bateau.
On signale à la justice une disparition! Au cours de la journée d'hier, M. Demay a reçu la visite d'une personne qui, pour le moment, désire conserver, l'anonymat. Le visiteur, fort correctement mis, était accompagné d'un de ses parents, qui avait lu, dans les journaux du matin, les détails donnés sur l'affaire. Tous deux venaient solliciter du juge l'autorisation d'être mis en présence du cadavre, le premier pensant retrouver en la défunte sa femme disparue depuis cinq mois.
Le visiteur, M. D. V..., signala cette particularité que sa femme était enceinte al moment de sa disparition.
M. Demay s'empressa de satisfaire à la demande qui lui était faite, mais M. V.... ne put se prononcer, le cadavre étant dans un état de décomposition assez avancé. Néanmoins, il compte faire venir sa mère, qui avait l'habitude de s'occuper du linge de la disparue, pour examiner les vêtements retrouvés sur la morte. Ces vêtements, par une coïncidence vraiment singulière, portaient l'initiale D, et l'on fait remarquer que le linge de la femme disparue était marqué d'un D. Il y a cependant lieu d'accueillir avec circonspection ce rapprochement d'initiales si l'on remarque que la personne dont on signale la disparition était enceinte de quatre mois au moment où elle quitta, il y a cinq mois, le domicile conjugal. Or, la femme repêchée n'était enceinte que de cinq mois au moment où, il y a quatre semaines environ, elle fut assassinée,
L'enquête se poursuit activement et on espère qu'elle aboutira bientôt. On va probablement orienter les recherches du côté des nombreux canots qui sont amarrés sur la rive gauche de la Seine et dont l'un aurait pu servir au transport du funèbre colis,