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LES ORIGINES de La révolte militaire -
Madrid, 15 septembre. — Je peux vous donner aujourd'hui quelques renseignements sur les débuts du coup d'Etat en Espagne. Ici nous avons passé deux journées d'angoisse; la sédition ayant commencé à Barcelone. On s'arrachait les journaux, bien qu'ils ne donnaient guère de nouvelles. Maintenant nous voilà définitivement fixés. Nous savons que la meute réactionnaire et militariste déferle sur nous avec l'orgueil et la vanité propre à ceux qui ne gagnent des batailles que sur des gens désarmés.Depuis le jour où le gouvernement de M. Garcia Prieto avait nommé comnandant des forces de Melilla le général Martinès Anido, imposé par le roi, on avait pu constater la faiblesse du gouvernement. Mais les événements sont plus forts que les hommes. Sur la pression de l'opinion publique, le gouvernement refusa au général Martinès Anido ce qu'il demandait pour entreprendre une grande offensive, en vue de conquérir Albucemas, sur quoi le commandant de Melilla a quitté son poste sans donner un avis préalable et juste, au moment où les Marocain attaquèrent les troupes espagnoles. Cela seul devait suffire pour traduire ce singulier général devant un Conseil de guerre, pour abandon de poste. Il n’en fut rien, ce qui encouragea la clique militariste et augmenta son opposition au gouvernement dans les coulisses du Palais Royal. Désireux de désarmer cette opposition, M. Garcia Prieto avait voulu débarquer les ministres qui passaient pour les adversaires de la continuation de la guerre au Maroc. Mais, à la grande surprise de tout le monde, M. Alba a gardé, après le remaniement ministériel, le portefeuille des Affaires étrangères, alors qu'il était considéré comme le partisan le plus acharné d’une action pacifique. Aussi les guerriers en chambre de l’entourage du roi augmentent leur fureur…
Le début de la sédition M. Garcia Prieto sachant ce que préparait Primo de Rivera lui demanda mardi sa démission. Pour toute réponse. celui-ci par un abus d'autorité sortit ses troupes dans les rues de Barcelone, proclamant l'état de siège dans toute la région. Le général de Saragosse fit de même. En même temps le général Primo de Rivera donna l'ordre aux généraux des autres régions de remplacer les autorités civiles et de s'y substituer. Le roi qui se trouvait à Saint-Sébastien avec M. Alba fut mis au courant de tous ces événements — qu'il n'ignorait sans doute pas — par le ministre des Affaires Étrangères qui lui faisait savoir en même temps qu'il avait adressé au chef du gouvernement sa démission. Que le roi ait été de mèche avec les généraux factieux, ce n'est pas douteux puisqu’en dépit de la gravité des événements, jeudi soir seulement il prenait le train pour Madrid, où il arriva hier vendredi, à dix heures du matin. À la sortie du Palais Royal, M. Garcia Prieto déclara aux journalistes qu'il avait relaté au roi tout ce qui s'était passé depuis mardi, et que d'accord avec le Conseil des ministres il proposait au roi de décréter la destitution des capitaines généraux de la Catalogne et de Saragosse, remplacer tous ceux qui avaient participé au mouvement, et convoquer pour mardi prochain les Cortès afin de les rendre juges de la situation. Sur le refus d'Alphonse XII, M. Garcia Prieto lui remit la démission du cabinet.
En pleine dictature A quoi bon suivre les événements après cette abdication des hommes du pouvoir ? L’arrivée ce matin à Madrid du général Primo de Rivera a été marquée par une indifférence absolue. Le public a brillé par son absence. Pas du tout de personnalités civiles, sauf le gouverneur de Madrid, qui reste encore en fonctions. Par contre, beaucoup de généraux et de jésuites sont allés a la gare. Nous voilà donc sous l'état de siège et avec la censure sur la presse. Défense, de parler de la guerre au Maroc. Défense de faire la moindre critique à la situation actuelle. Le mouvement séditieux est donc dirigé nettement contre les socialistes qui seuls dressent l'opinion publique contre la ruineuse guerre du Maroc et qui seuls, avec l'Union Générale des Travailleurs, ont manifesté jusqu'à présent leur sentiment en publiant hier, avant l'établissement de la censure, un vigoureux manifeste dont je vous enverrai le texte. Disons, pour être juste, que la Ligue des Droits de l'Homme s'est réunie et après délibération sur les événements actuels a décidé d'assurer par tous les moyens légaux la défense des droits de l'Homme et du Citoyen. Floréal.
CONTRE LE SÉPARATISME CATALAN : Perpignan, 18 septembre. — On mande de Barcelone : Le gouverneur général de Barcelone a destitué le maire de Sabadell, pour sa campagne séparatiste. Il a ordonné, pour le même motif, la fermeture du Centre Catalan de cette même ville. Le gouverneur a ordonné à la police d'exercer sa surveillance sur la moralité et les bonnes mœurs dans les théâtres et cinémas.
Les dictateurs espagnol et italien font bon ménage … Rome, 18 septembre. — On mande de Madrid au Corriere Italiano que le général Primo de Rivera, a rendu visite à l'ambassadeur d'Italie à qui il a déclaré que le voyage du roi Alphonse XIII, au mois de novembre prochain, était dès maintenant une affaire convenue. Le général Primo de Rivera a exprimé son désir de voir l'Espagne et l'Italie conclure un traité de commerce ; les négociations à ce sujet seront entamées dès le 1er octobre.
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