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Paris-Midi 19 septembre 1923 (art. page trois)


le film parlant

LE FILM PARLANT

De passage à Paris, M. le docteur Lee de Forest, citoyen américain, qui inventa l’audion qui fut d’un précieux secours à l’art de porter la parole au loin, a expliqué à un rédacteur du Petit Parisien le principe du film parlant, sa dernière trouvaille.
Il s’agit de l’enregistrement simultané des sons et des images sur les films cinématographiques et de la reproduction fidèle des premiers en même temps que la projection des seconds sur l'écran. Au moyen d'un microphone, caché à la vue, microphone tout à fait spécial, car il ne faut pas qu'il puisse dénaturer en quoi que ce soit les sons, nous transformons ces derniers en courants électriques d'intensité variable. Ces courants, qui sont en somme des courants téléphoniques et, par conséquent, très faibles, nous les amplifions plusieurs milliers de fois au moyen d'une série d'audions. Il faut, en effet, qu'ils puissent arriver à « moduler » un courant alternatif de haute fréquence fourni, lui aussi, par un audion, mais un audion générateur, analogue à ceux que l’on utilise pour produire les ondes en T.S.F.
Ce courant à haute fréquence traverse et illumine un petit tube rempli d'un gaz judicieusement choisi ; ce tube, que j’ai baptisé « photion », suivant une suggestion du professeur Wood, rayonne constamment une lumière bleuâtre à laquelle l'émulsion photographique est très sensible ; il est logé dans un appareil cinématographique de prise de vue du modèle courant. La lumière qu’il rayonne est concentrée par une lentille sur une fente excessivement fine, percée à l'aplomb d'une très petite portion de la face sensibilisée du film. Comme l'intensité de cette lumière croît et décroît par rapport à son éclat normal en parfait accord avec les variations d'intensité du courant de haute fréquence qui provoque l’illumination du tube, lequel suit lui-même les variations du courant téléphonique qui a modulé ce courant à haute fréquence, c'est-à-dire, en somme, les modulations propres des sons recueillis par le microphone, la voix ou la musique se trouve littéralement photographiée sur le film et, bien entendu, en même temps que les images correspondantes.
Il n’y a donc point de problème de synchronisation à résoudre, comme ce fut le cas tant que l’on chercha à faire coïncider l’audition d’un phonographe avec, par exemple, le mouvement des lèvres d’un acteur de cinéma.