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Le Petit Parisien


il y a cent ans il faut arrêter les bizuths 2

POUR ET CONTRE

On fait un peu partout la guerre à la brimade et l'on nous annonce même qu'on vient de la déloger d'un de ses derniers retranchements, de l'école des Beaux-Arts... C'est tant mieux.... Rien n'est plus sot que la brimade. La brimade n'est jamais spirituelle ni élégante. C'est toujours un abus de force, donc une lâcheté, toujours. C'est toujours une brutalité, donc, toujours, une sottise.
Ces sévices de potaches exercés par des « anciens » sur des camarades nouveaux venus sont sans drôlerie et sans générosité.
Au « bahut », à la caserne, à Saint-Cyr, aux Beaux-Arts, ces farces sont toujours de mauvaises farces et risquent trop souvent de dégénérer en mauvaises actions... Tout le monde, en effet, n'est pas taillé pour supporter avec la même philosophie ou la même endurance des brimades grossières. Il y a des caractères sensibles, timides, délicats, fiers, qui se cabrent ou qui s'affolent devant ces imbécillités; et c'est ainsi qu'au fond des casernes et des écoles il y a eu tant de drames obscurs et lamentables...
Il serait bien temps d'interdire rigoureuse- ment, sévèrement, ces vilaines taquineries. « Cirer un camarade » ou « le peindre l'huile »
ou le jeter en pleine nuit hors de son lit ou l'obliger à subir des vexations interminables, ce n'est ni beau, ni généreux, ni drôle. C'est idiot et c'est lâche....
Oui. Il faut que les « anciens » même s'ils ont au menton trois poils de barbe de plus que les « bleus » renoncent à brimer les jeunes
A l'école, à la caserne, il faut tuer la brimade… Il faudrait aussi tuer la brimade à la ville.
A la ville aussi, et dans le monde, et dans tous les mondes, il y a la brimade... Mais ce n'est pas comme à Saint-Cyr... A la ville, ce sont les jeunes qui briment les anciens... Ces brimades ne sont pas plus courageuses ni plus intelligentes que les autres...
Méchamment, inconsciemment, les jeunes briment tous ceux de leurs ainés qui sont parvenus à des situations auxquelles ils parviendront eux- mêmes quelque jour....
Les jeunes écrivains, férocement, briment les vieux maitres, font sauter « à la couverte » vingt, trente années d'efforts, de labeur, de conscience... Les jeunes rapins « cirent » la réputation ou la gloire de leurs anciens, sans se douter du mal qu'ils font... Les jeunes comédiennes briment leurs ainées, se rient de leurs rides, de leur fatigue, de leur faiblesse parfois leur déchirent le cœur.
et
Toutes les brimades sont permises contre les « vieux » s'ils ont réussi, s'ils sont célèbres, s'ils ont beaucoup travaillé...
Toutes les brimades !... Les jeunes ne leur épargnent aucune méchanceté, aucune vexation... Ils ne s'en prennent pas seulement à leurs oeuvres. Ils saccagent parfois leurs foyers, les briment dans leur vie privée, dans leurs affections les plus chères... Les « vieux » doivent tout endurer en silence... Ils sont « vieux »! Et ceux qui les outragent sont « jeunes ». Leur jeunesse, parait-il, leur donne tous les droits, leur permet de piétiner de vraies gloires, de salir de bons maîtres, de blesser, mortellement parfois, de pauvres femmes...
Et au faubourg, et au village, et à l'atelier, et à l'usine, les « jeunes » briment aussi, parfois, trop souvent les « vieux » les pauvres
vieux sans célébrité, ceux-là, ni fortune... Tuons la brimade qui part toujours d'un bas sentiment, qui est un lâche plaisir et un plaisir dangereux le vilain plaisir d'embêter son prochain de lui faire de la peine et du mal...

Maurice Prax.