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LES ACCUSATIONS DU BARON-PRÉSIDENT
J'ai relu le discours de M. le baron Millerand, président de la République du goupillon, du sabre et du coffre-fort des Banques Cosmopolites de l'Industrie lourde, du grand Commerce et des agrariens cossus. Les puissances d'argent et de réaction sont servies à souhait. Ça leur a coûté cher, il est vrai, mais le placement était solide. Tout serait à reprendre dans ce message fait pour entraîner au combat les forces coalisées du conservatisme. Nous aurons l'occasion d'y revenir. Relevons seulement aujourd'hui un petit passage à l'adresse des socialistes, tout plein de perfidie et de canaillerie. M. Millerand nous rappelle que la guerre de 1914 a éclaté et que les socialistes allemands l'ont laissé entreprendre. Il pense que nous sommes guéris de toute illusion à ce sujet. Ne trouvez-vous pas que c'est vraiment charmant de poser ainsi la question? Il semble que lorsqu'on parle de la guerre, ce qui doit tout de suite venir à l'esprit, c'est que le socialisme ne l'a pas empêchée. Donc nous sommes coupables? Des brigands, en viennent aux mains, un honnête homme ne réussit pas à les séparer, honte et malédiction sur lui! En sorte que dans l'échelle des responsabilités, le socialisme international apparaîtrait à peu près seul. Des autres, on ne parlerait pas. Les autres, c'est-à-dire sans doute en première ligne le militarisme allemand, mais en bonne place et au premier plan aussi le capitalisme européen, sans lequel aucun militarisme, même pas celui de Berlin, ne s'expliquerait; le capitalisme qui par son développement, sa diplomatie, son colonialisme ses rivalités, avait créé dans le monde cette atmosphère belliqueuse où la moindre étincelle devait provoquer l'explosion. Ce capitalisme, M. le Baron-Président, dont vous êtes l'agent à l'Elysée, nous l'accusons pour hier, pour aujourd'hui et pour demain. C'est lui l'ennemi du peuple, l'adversaire de la paix, l'artisan de la guerre. Vous le savez bien, Baron-Président, vous n'avez pas l'excuse de Poincaré qui fut toujours un bourgeois et peut plaider, sinon la sincérité, du moins la logique d'une attitude; vous, avant d'être l'homme de Ba-Ta-Clan, vous avez été celui de Saint-Mandé. Vous n'aviez pas encore troqué le drapeau rouge du socialisme, de l'honnêteté politique, des droits du travail et de la paix des peuples, pour la cocarde du Bloc National et le fanion-réclame des Intérêts économiques que vous aurez du mal à faire prendre pour un drapeau national digne de ce nom. L'affaire a peut-être été bonne, mais vous pourriez vous taire, M. le Baron-Président, liquidateur des Congrégations avant de tomber dans les bras du Bloc National, vous pourriez vous taire et ne pas parler du socialisme qui est resté propre et qui continue sans vous sa noble mission.
Paul FAURE.
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