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L'Oeuvre 19 juillet 1923 (art. page une)


 L'assassin de M. Quemeneur avait-il des complices ?

Morlaix, 18 juillet. — L'affaire Quemeneur se corse. La singulière découverte, dans la doublure du veston de Seznec, des deux billets de mille francs et de l’énigmatique note manuscrite, va-t-elle fournir enfin la clef du mystère ?
« Pour trouver ce qu'il faut faire, disait cette note, sortez dans le couloir et déchirez les deux enveloppes. » Qui a écrit ces mots ? Il semble établi qu’ils ne sont pas de la main de Seznec. Et on assure, d'autre part, que des fouilles minutieuses et fréquentes avaient été opérées sur l'inculpé à Paris, notamment le 30 juin. On se demande, dans ces conditions, comment Seznec pu être trouvé porteur de cette somme et de ce papier en arrivant à Morlaix.
L'opinion tend à s'accréditer ici que le garagiste n'a été qu'un exécutant de second plan, que le coup à été, en réalité, monté par un groupe de personnes qui avaient intérêt à voir disparaître le conseiller général du Finistère. Et l'on n'hésite pas à donner des précisions et à évoquer à nouveau une autre affaire non moins mystérieuse que celle-ci, à propos de laquelle certains noms de l'entourage de M. Quemeneur avaient été prononcés.
Il faut sans doute prendre ces rumeurs pour ce qu'elles valent. Et il reste toujours possible de supposer que les billets et la note ont été oubliés dans la manche de Seznec pour égarer les recherches sur une fausse piste. Quoi qu'il en soit, on fonde beaucoup d'espoir sur l'audition de plusieurs témoins nouveaux, dont M. Campion, juge d’instruction, a décidé la convocation.
M. Bony, secrétaire de M. Vidal, a reçu mission en outre d'emporter à Paris les vêtements et objets saisis chez Seznec : un pantalon de toile bleue, portant des taches suspectes, un pardessus, un veston, un carnet de comptes et un flacon d'encre dont la composition sera rapprochée de celle qui a servi pour les indications manuscrites du fameux acte de vente de la propriété de Plourivo. Le tout sera remis à M. Guépet, juge d'instruction à Paris, qui le transmettra à M. Bayle, directeur du laboratoire des recherches judiciaires, aux fins d'expertise.
Seznec sera interrogé vendredi à 14 heures, en présence de Me Faillard, son défenseur. Il est très abattu et en proie à de fréquentes crises de larmes. Devant sa femme qui, accompagnée de ses, deux enfants, est venue le voir à la maison d’arrêt, il a protesté à nouveau de son innocence.
— Je ne comprends rien à ce qui m'arrive, a-t-il dit en sanglotant. J'ai certainement le diable contré moi ; je suis victime d'une machination diabolique. Ne te décourage pas, mon ami, a répondu Mme Seznec, tu seras entendu. Personne ici ne croit à ta culpabilité... — Oh ! ce que dit le monde, je m'en moque, je ne tiens qu’à deux choses : conserver ta confiance et l'amitié de mes enfants.
Mme Seznec, à qui il fut demandé ce soir d'où pouvaient provenir les deux billets de banque trouvés.dans la manche du veston de son mari a répondu : — Lorsqu'on invita Guillaume à se rendre à la Sûreté Générale, il ne voulut pas partir immédiatement et dit aux agents de la brigade mobile «Je n'ai pas d'argent, il faut que j'attende à demain pour me procurer des fonds». Mon mari avait cependant touché, quelques jours plus tôt, 4.800 francs à la Banque Brestoise. C'est sans doute une partie de cette somme qu‘il cacha dans sa manche pour qu'elle échappe aux investigations des policiers. Quant au billet sur lequel était écrit : «Pour trouver ce qu'il faut faire, sortez dans le corridor et déchirez les deux enveloppes...» je ne sais pas ce que cela veut dire et je n'y comprends rien. »
Le coup de théâtre attendu ici se produira-t-il ? Tout dépend du résultat des diverses expertises qui ont été ordonnées.

affaire Seznec