Nouvelles des ports

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Rafiots et compagnies

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Nouvelles des escales

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L'Oeuvre 11 juillet 1923 (art. page une)


« Le vrai progrès sur les routes? » demandait l'Œuvre, le matin même de la grande épreuve du circuit de Touraine.

Le soir nous arrivaient une dépêche et une lettre. La dépêche nous annonçait l’accident inévitable : quinze spectateurs ou spectatrices blessés par une auto, qui était entrée distraitement dans la foule. La lettre disait : « Oui, il est utile de faire du 180 à l'heure, et même du 200. Étude et progrès des moteurs. Mais il n'est pas utile d'infliger aux lecteurs de l'Œuvre deux colonnes sur Maurras et Daudet... » J'en demande bien pardon à notre estimable abonné. Car c'est un de nos abonnés qui écrit cela ; c'est même un marchand d'automobiles. Il n’est pas du tout superflu, quand l'occasion s'en présente, de consacrer un article au péril réactionnaire, et, si ce péril s'appelle Maurras et Daudet, n'hésitons pas à imprimer leurs noms au risque de leur faire un peu de réclame. Il faut même se réjouir que la réaction soit représentée et comme symbolisée par ce couple odieux et méprisable. S'il n’est plus besoin d'en parler aujourd’hui, c’est justement parce que nous en avons dit tout ce qu'il en fallait dire. Nous avons d’ailleurs souvent répété qu'à nos yeux ces hommes n'étaient pas des confrères, mais des malfaiteurs. La justice française vient enfin de nous donner raison, puisqu'elle a fait du chef de la bande un condamné de droit commun. Passons. Mais passons à une allure modérée. Ce n'est pas une raison, monsieur Josse, pour faire du 200, comme ça. Demandez plutôt ce qu'elles en pensent aux quinze victimes du dernier circuit. Elles vous répondront avec moi que le tourisme à grande vitesse suppose deux conditions: 1° une auto ; 2° une route. Nous avons l'auto, nous n'avons pas la route. Perfectionner l'une en négligeant l'autre, c'est multiplier les risques de mort. Tant que nous jouirons des routes actuelles, où le ministre responsable autorise les vaches à paître en liberté, nous devrons, à moins d'être fous, chercher les moyens de réduire, et non d'augmenter la vitesse des véhiculés mécaniques. Si J'osais dire toute ma pensée, je me permettrais même d'’insinuer que le goût de la course vertigineuse est un genre de sadisme qui n’a rien de commun avec le tourisme honnête. Mais il vaut mieux ne pas aggraver mon cas, et m'en tenir à observer qu'au point où en est parvenue l'industrie automobile, dont les progrès furent admirables, ce qui nous manque, ce ne sont pas des moteurs perfectionnés, ce sont des routes sûres. Renoncez donc pour l'instant aux concours de moteurs, et faites des concours de routes. Faites surtout des routes idoines, où les amateurs de vitesse foudroyante pourront s'en régaler avec le minimum de risques pour eux-mêmes — et sans danger pour les autres. Peut-être faudra-t-il en venir à concevoir que la circulation automobile exigera bientôt son réseau de voies spéciales, interdites aux charrettes, aux piétons et autres bestiaux. Pourquoi ne ferait-on pas des chemins caoutchoutés pour les autos comme on a fait des voies ferrées pour les trains ? L'Amérique en a déjà tâté, paraît-il. Dans tous les cas, admettre que les chars à bœufs et les voitures qui font du 200 peuvent continuer à circuler sur les mêmes routes, c’est vraiment un paradoxe homicide. Comptez les accidents, cet été.

Gustave Téry

vitesse et routes