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Le Populaire 25 sept 1923


A Le Populaire article 01 victoire de Poincaré 1

LA VICTOIRE de M. Poincaré

     Supposons que M. Poincaré ait été calomnié et qu'il ne cherche pas dans l'aventure de la Ruhr les fins annexionnistes et impérialistes que des méchants lui prêtent. Admettons que, les choses ayant tourné au mieux et l'Allemagne ayant cessé la résistance passive, des conversations s'engagent entre les cabinets de Paris et de Berlin et qu'on aboutisse à un accord. Savez-vous où nous en serons quant au problème des réparations? Au point précis où nous en étions avant l'occupation de la Ruhr? Sauf toutefois qu'au lieu d'avoir affaire à un débiteur en état de payer, nous aurons devant nous une Allemagne aux prises avec des difficultés financières que toute la science d'Hilferding et de ses successeurs ne parviendra sans doute pas à débrouilles de longtemps. Alors, il faudra entrer dans la voie des mesures préconisées par les socialistes à Francfort, ainsi que nous l'avions prévu, mais après huit ou neuf mois de perdus, de richesses gâchées, de millions de francs jetés à l'eau. Je ne parle pas du chiffre des marks, n'ayant pas été habitué à compter jusqu'à l'infini.
      Et vous verrez que M. Poincaré, servi par la presse à gros numéro et à grand tirage, persuadera à une importante partie de l'opinion qu'il a gagné la partie. Il l'aura gagnée pour le panache seul. L'Allemagne aura capitulé, grâce à la poigne admirable du président du Conseil. Mais le paiement des réparations sera renvoyé à de lointaines années et les charges financières de la France auront été augmentées. On dissimulera avec soin ce deuxième aspect de la politique de la Ruhr. On se contentera de faire un tapage de tous les diables autour de la nouvelle victoire de la France. Et beaucoup, dans le bon public, ne s'apercevront pas que deux ou trois victoires du même genre conduiraient le pays à un état de ruine complète. C'est ainsi qu'on cherche à préparer de bonnes élections pour l'an prochain.
      A nous, socialistes, de dénoncer avec ardeur ces perfides manœuvres, ces faux calculs, cette exploitation éhontée du patriotisme, ce bluff écœurant où a sombré ce qui restait du bon renom de la République française chez tous les esprits libres du monde, et qui ont rendu la solution du problème des réparations plus difficile et plus incertaine.

Paul FAURE