|
Pour défendre la République allemande contre les entreprises des organisations nationalistes et monarchistes, le gouvernement du Reich a délégué tous ses pouvoirs exécutifs à M. Gessler, ministre de la Reichswehr. La censure qui fonctionne désormais en Allemagne nous empêchera sans doute de savoir ce que les démocrates et les socialistes auront pensé de cette mesure; mais nous doutons fort qu'ils l'aient approuvée sans réserves. Car il n'y a pas si longtemps qu'ils dénonçaient la mentalité ultra-réactionnaire des officiers de la Reichswehr et accusaient M. Gessler d'être par trop indulgent à la propagande nationaliste qui s'exerçait auprès des troupes. On n'a pas oublié, entre autres, les révélations du député socialiste Schoepflin sur la les relations du commandement de Reichswehr à Hambourg avec le fameux général Hellfritz, inculpé de complot contre la sûreté de l’État, ni les révélations du Vorwaerts sur « l'organisation Rossbach de la Reichswehr » de Magdebourg, ni les accusations de la Rote Fahne. Le gouvernement bavarois a fait mieux encore que celui de Berlin: il n'a pas hésité, pour combattre les organisations nationalistes, à proclamer dictateur un de leurs chefs. Ancien président du Conseil, préfet de la Haute-Bavière, M. de Kahr est le président d'honneur et le véritable chef des associations patriotiques les « Vaterlandische Verbaende Bayerns » qui ont pour but essentiel « la résistance contre l'asservissement du peuple allemand ». Ces associations comprennent des ligues politiques la Ligue Andreas Hofer, l'Association pangermaniste le bloc bavarois de l'ordre et des ligues non politiques dont la principale, la ligue Bayern und Reich, comprend les anciennes Einwohnerwehren, ou « gardes d'habitants », sauf celles de Munich. Elles groupent encore des ligues d'officiers, des ligues de soldats, des ligues économiques, des ligues de la jeunesse, et la Deutsch-vælkische Arbeitsgemeinschaft antisémite, dont les seize sociétés adhérentes défendent la théorie de la « pureté de la race. » Le gouvernement de Munich se porte garant, vis-à-vis du gouvernement de Berlin, de l'attachement de M. de Kahr au Reich. Personne n'a jamais douté de cet attachement: M. de Kahr et ses amis sont des pangermanistes, et voilà longtemps que l'on sait ce qu'il faut penser de la dangereuse légende du séparatisme bavarois. Mais le Reich de M. de Kahr, c'est le Reich monarchique de la Galerie des Glaces et non point le Reich républicain de Weimar. M. de Kahr est l'homme de Ruprecht de Wittelsbach, et il n'a pas renoncé à l'espoir de le faire couronner empereur, puisque les Hohenzollern sont décidément devenus impossibles. On dit aussi à Munich et on répète à Berlin que M. de Kahr est le pire ennemi de Hittler et des nationaux-socialistes. Peut-être; on croira assez volontiers, en effet, que la popularité croissante de Hittler a exaspéré von Kahr au point de le rejeter légèrement à gauche. Mais ce divorce est de fraîche date. Au printemps dernier, encore, les « Associations patriotiques » étaient étroitement liées aux nationaux-socialistes. « Nous leur sommes unis, disait leur président, en avril, par la communauté de nos sentiments patriotiques et nationalistes. Il fallut la mobilisation des Sturmtruppen de Hittler à Munich, le 1er mai, pour effrayer von Kahr et le décider à la rupture. Hittler, en effet, ne dissimule ni ses projets, ni ses moyens d'action. Homme de paille de Ludendorff, il prépare ouvertement la guerre civile. M. de Kahr profitera-t-il de sa dictature et du concours momentané de la Reichswehr pour se débarrasser d'un rival encombrant ? C'est fort possible. En tout cas, la Bavière est actuellement soumise à une dictature nationaliste, en dépit de tous les ordres du Reich. Et les associations patriotiques que contrôle son dictateur ne se gênent point pour dire qu'elles n'ont plus aucune confiance en M. Stresemann. Il faudrait avoir vraiment l'optimisme chevillé au corps pour ne pas s'inquiéter devant une situation aussi étrange,
Camille Lemercier
La situation en Bavière Les dépêches que l'on reçoit d'Allemagne sont toujours contradictoires. D'après les unes, la situation se serait améliorée en Bavière : Berlin, 28 septembre. On mande de Munich que les mesures rigoureuses prises en Bavière ont contribué au maintien de l'ordre; Hitler et Ludendorf ont baissé pavillon et déclaré qu'ils ont été surpris et désorientés par la rapidité de la proclamation de l'état de siège. On dément que le cabinet de Berlin ait enjoint formellement à celui de Munich de supprimer d'ores et déjà les « mesures d'exception ». Des négociations sont cependant en cours entre le gouvernement du Reich et celui de la Bavière, et l'on assure que le chancelier, dans les déclarations qu'il fera samedi prochain sur la situation politique générale, s'occupera de cette question de l'état de siège. Les négociations seront rendues peu faciles si von Kahr refuse, comme on l'annonce, de reconnaître les décisions de sûreté générale prises à Berlin Berlin, 28 septembre. Le bruit court à Berlin que l'ancien président du Conseil von Kahr, nommé commissaire général pour la Bavière, aurait, en vertu de ses pouvoirs discrétionnaires, déclaré déchue pour toute l'étendue de la Bavière, la loi de protection de la République. Hier soir a eu lieu une réunion des Associations patriotiques bavaroises qui, comme on le sait, se sont mises sous les ordres de M. de Kahr. Les présidents de ces Associations ont prononcé des discours sur la situation politique et ont adopté une résolution où il est dit : La cessation de la résistance passive dans la Ruhr nous a convaincus à nouveau de l'insuffisance du régime parlementaire. Les Associations patriotiques de Bavière n'ont plus aucune confiance en M. Stresemann et en sa politique extérieure et intérieure. Par contre, nous invitons chaque Bavarois bien pensant a se mettre aux ordres de M. de Kahr à l'effet de rétablir l'autorité de l'Etat et l'unité du Reich dans un sens patriotique vraiment allemand. Les Associations patriotiques invitent les hommes au pouvoir dans la Bavière et dans le Reich à s'affranchir du traité de Versailles et à rétablir le service militaire.
|