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LA CONFÉRENCE DE LA PETITE-ENTENTE S'OUVRE AUJOURD'HUI EN ROUMANIE, À SINAIA

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Au lendemain même de la Grande Guerre, la paix était menacée en Europe centrale. Dès avril 1919 la Hongrie bolchevisée par Bela Kun envahissait la Tchéco-Slovaquie nouvellement créée et la jeune république de Prague n'était alors secourue ni par la Roumanie dont les armées bordaient la Theiss, ni par la Yougoslavie, dont les forces occupaient la Baranya. Cette alerte sérieuse, que surmontait vaillamment l’armée Tchéco-Slovaque, et la première tentative de restauration de Charles IV sur le trône de Hongrie, décidaient M. Benès, ministre des Affaires étrangères de Tchéco-Slovaquie, à créer entre son État, la Yougoslavie et la Roumanie, des ententes locales ayant pour but le maintien de l'ordre établi par les traités de Saint-Germain, de Trianon et de Neuilly en Europe centrale. Conclus deux à deux, entre Prague et Belgrade, entre Prague et Bucarest, entre Bucarest et Belgrade, ces accords ont constitué ce que l'on appelle la Petite-Entente, prolongement sur le Danube de l'entente des grandes puissances. Il fallut un an et demi, d'août 1920 à janvier 1922, pour élaborer les traités politiques et pour établir les conventions militaires ayant comme buts précis l'intervention contre toute tentative agressive ou toute violation des traités par la Hongrie et la Bulgarie. Enfin, en août 1922, à Marienbad, la Tchéco-Slovaquie et la Yougoslavie étendaient leur entente spéciale, en s'engageant « à se prêter un mutuel appui politique et diplomatique complet dans leurs rapports Internationaux » et « à prendre les mesures nécessaires à la sauvegarde de leurs intérêts communs, au cas où elles les estimeraient menacés ». Prague et Belgrade démontraient ainsi que le danger hongrois pourrait trouver naissance où se conjuguer avec la politique de résistance de l'Allemagne.

Quels sont les moyens d'action dont dispose la Petite-Entente pour réaliser le but même de sa formation ? Ces moyens sont de trois ordres : politique, économique et éventuellement militaire. Au point de vue politique, les trois États ont affirmé leur influence européenne dans les conférences de Gênes et de Lausanne et l'on connaît l'accueil qu'a reçu M. Benès au cours de ses voyages dans les grandes capitales alliées, à la veille de crises importantes. Leur surveillance de la situation militaire de Budapest et de Sofia est des plus étroites, comme l'ont prouvé les incidents de janvier dernier à la frontière roumano-hongroise. Au point de vue économique, la Petite-Entente domine l'artère commerciale du Danube par la flotte fluviale dont elle a hérité de l'empire austro-hongrois et elle est la cheville ouvrière des accords, tels que ceux de Graz et de Porto-Rose, ou des traités de commerce avec les pays ex-ennemis. accords ou traités indispensables à la vie économique de l'Europe centrale. Mais, le moyen d'action le plus important réside dans la force militaire. Déjà, en octobre 1921, au moment de la deuxième équipée de Charles IV en Hongrie, la Tchéco-Slovaquie et la Yougoslavie avaient mobilisé 500,000 hommes au total. Ce chiffre n'indique qu'une partie de la capacité de mobilisation des trois États.

La Tchéco-Slovaquie, la Yougoslavie et la Roumanie ont entrepris d'importants travaux de voies ferrées. Non seulement les territoires des trois alliées seront unis par des moyens de communications rapides, mais encore, à l'intérieur de chacun des trois États, toutes les provinces seront reliées entre elles, il ne leur restera plus qu'à mettre en valeur ou à développer leurs richesses minières et leur outillage, pour acquérir l'indépendance économique  nécessaire à la fois en temps de paix et pour la fabrication du matériel de guerre et des munitions que la Tchéco-Slovaquie est susceptible déjà d'assurer à ses deux alliés,

Toutes ces questions ont fait l'objet, de la part de la Petite-Entente, de conférences dont celle de Sinaïa est la suite.

Ni la question dés réparations allemandes ni celles des dettes interalliées ne sauraient laisser indifférents des États non favorisés par le recul lointain des paiements autrichiens, hongrois et bulgares. En dehors des problèmes soulevés par la prochaine assemblée de la Société des Nations à Genève, la Petite-Entente a surtout à examiner l'attitude à adopter à l'égard de ses voisins immédiats, amis ou ex-ennemis. La question du rattachement de la Pologne et de la Grèce au groupement de Prague-Bucarest-Belgrade se posera sans doute. Déjà alliée de la Roumanie, la Pologne, qui a aussi connu un accord politique, sans convention militaire, avec la Tchéco-Slovaquie n'est séparée de cette dernière que par la malheureuse affaire de Jaworzyna, territoire de quatre cents habitants que se disputent les deux États. Quant à la Grèce, la conclusion de la paix de Lausanne et l'accord gréco-yougoslave relatif à la zone franche de Salonique pourront faciliter le renouvellement de l'ancienne alliance d'Athènes et de Belgrade de 1913, Les « adossements » polonais et grecs se fondraient dans la Petite-Entente pour former un bloc imposant. Du côté des ex-ennemis, l'opportunité de l'emprunt à accorder à la Hongrie, à la suite de la décision, de la commission des réparations, sera mieux examinée que celle de l'emprunt autrichien auquel la Tchéco-Slovaquie seule s'était intéressée. La discussion sera d'autant plus serrée que, en juin dernier, au Parlement de Belgrade, le ministre des Affaires étrangères yougoslaves a reproché à la Hongrie de ne pas exécuter le traité de Trianon. Enfin, la reconnaissance du nouveau gouvernement bulgare à laquelle la Yougoslavie a consenti le 9 juillet, n'empêchera pas la Petite-Entente d'étudier la situation en Bulgarie.

Ainsi, au moment où s'ouvre la conférence de Sinaïa, la Petite-Entente donne une impression de force politique, économique et militaire, force orientée vers le maintien de la paix. La transformation du triangle Prague-Belgrade-Bucarest en un quadrilatère englobant les deux sommets de Varsovie et d'Athènes, allégerait encore, en Europe centrale et orientale une tâche rendue difficile pour les alliés d'Occident : les problèmes de la Ruhr et des réparations.

Pierre BRUNEAU