| L'Écho de Paris 25 sept 1923 |
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Dans quelques heures, sans doute, la capitulation de l'Allemagne, décidée par son gouvernement, sera officielle. Le chancelier, dans un dernier effort diplomatique, essaya, voici deux semaines, de se dérober au retrait formel des ordonnances et décrets qui ont organisé la « résistance passive ». Puis il se rabattit sur une demande d'amnistie. Il y a déjà longtemps que MM. de Margerie et de La Faille, les ambassadeurs de France et de Belgique, ont reçu l'ordre de ne point se prêter à des pourparlers de cette espèce. Vendredi dernier, le chargé d'affaires de Belgique est allé déclarer à la Wilhelmstrasse, pour couper court à toute équivoque, qu'aucune négociation ne pouvait s'engager. Le Reich doit faire droit à nos conditions préliminaires sans y mettre aucune réserve. M. Stresemann paraît avoir compris cette inflexible attitude. Samedi, à Berlin, un conseil des ministres a été tenu. Dimanche, un second conseil a suivi. Hier, lundi, le chancelier a reçu les députés qui représentent, au Reichstag, les territoires occupés, les grands chefs de l'industrie, de l'agriculture et des syndicats ouvriers. On a également annoncé que les premiers ministres des divers Etats allemands étaient invités à s'assembler à Berlin. Tous ces conciliabules annoncent clairement le cinquième acte. Soit sous forme de discours, soit sous forme de proclamation, le chancelier, après. avoir protesté contre la violence faite à son pays, annoncera publiquement la fin de la résistance. Cette tentative de redressement poursuivie jusqu'à la onzième heure par les moyens de la diplomatie, cette longue temporisation, ces essais de réforme financière in extremis, ces colloques précipités voilà qui rappelle point par point les événements d'octobre-novembre 1918. En 1923, l'Allemagne aboutit à une défaite plus éclatante encore qu'il y a cinq ans. A cette époque, vu le gigantesque matériel dont l'armée disposait encore (et que nos commissions de contrôle ont eu tant de peine à dénombrer), beaucoup d'Allemands pouvaient plaider que leurs revers procédaient uniquement de la défaillance morale des politiciens. Dans les circonstances présentes, semblable raisonnement n'est plus de mise. L'homme qui se soumet n'a aucune attache avec les partis de la révolution ou même de la réforme. Tous ses compatriotes savent à merveille qu'il cède à la force supérieure des puissances occupantes. Il ne sera plus au pouvoir des nationalistes de répéter: Nous n'avons point été vaincus ! Le gouvernement Stresemann, ayant endossé la responsabilité de la capitulation, sera-t-il le gouvernement que nous aurons en face de nous pour traiter du nouveau régime des réparations? Le gouvernement avec lequel nous réglerons cette question capitale, aura-t-il le droit et le pouvoir de parler au nom de l'Allemagne tout entière ? A l’œuvre nous allons juger M. Stresemann. Il est ouvertement menacé par de général Ludendorff et par les bandes bavaroises de Hitler. Saura-t-il les tenir dans le devoir ? C'est une première interrogation. De la réponse qu'y feront les événements dépendra notre ligne de conduite. Quelle que soit la tournure prise par le dénouement, nous devons d'abord insister sur un premier point: le retrait sincère de toutes les ordonnances qui ont organisé la résistance passive. Ces ordonnances, décrets et circulaires sont au nombre de plusieurs centaines, à supposer que notre compte soit au point, ce qui n'est pas sûr. Le renversement d'attitude du gouvernement de Berlin se traduira probablement par des désordres, puisqu'il signifie, entre autres mesures, l'arrêt complet des subsides. Force nous sera donc de veiller qu'à la faveur de ces troubles, une nouvelle offensive, plus subtile que l'ancienne, ne soit dirigée contre nous. Pour établir un ordre satisfaisant sur les ruines de la politique pratiquée par Berlin depuis janvier, il sera nécessaire que les puissances occupantes en viennent sans retard avec le Reich à une sorte de règlement provisoire ou, si l'on veut, à un armistice dont les hommes qui nous représentent à Coblence et à Dusseldorf paraissent être les négociateurs désignés. Ainsi sera déblayée la route qui conduit au règlement final. PERTINAX UN COMMUNIQUÉ OFFICIEL Berlin, 24 septembre. Le communiqué officiel suivant est publié : Aujourd'hui, à midi, ont eu lieu les délibérations annoncées du gouvernement d'Empire avec les représentants de tous les partis politiques des régions occupées. Le chancelier a fait un exposé de la situation financière du Reich et a déclaré que si le Reich devait continuer à verser le crédit de la Ruhr, cet état de choses entraînerait des suites politiques, économiques et sociales qui ne pourraient être supportées ni par le gouvernement, ni par le peuple allemand. Or, le chancelier a fait savoir que les tentatives du gouvernement d'Empire pour arriver à des accords avec les puissances anciennement ennemies, afin qu'il soit donné suite aux exigences de l'Allemagne, touchant le retour des expulsés, la mise en liberté des prisonniers et le rétablissement des droits de souveraineté de l'Allemagne dans les régions occupées, sont restées sans effet. Il en résulte que l'Allemagne ne peut plus s'attendre à une amélioration de sa situation extérieure par la continuation de la résistance passive. Au cours des entretiens qui ont suivi cet exposé du chancelier, les représentants de partis politiques des régions occupées, à l'exception des nationalistes, se sont déclarés unanimement d'accord sur le fait que les conséquences inévitables devaient être tirées de l'épuisement financier de l'Allemagne, lesquelles l'obligent à abandonner la résistance passive, car, s'il en était autrement, la résistance passive, qui était une arme efficace contre l'occupation contraire aux droits de la Ruhr, se transformerait en une arme dirigée contre lu population allemande elle-même. Les représentants de la Ruhr et du Rhin se sont déclarés prêts à se charger de ramener la population à un travail ordonné. Après que les représentants des partis politiques eurent terminé leurs déclarations, le chancelier a fait remarquer que les responsabilités de la décision prise, d'abandonner la résistance passive, incombaient uniquement au gouvernement d'Empire. Il a remercié les représentants des partis politiques des régions occupées pour la participation qu'ils prendraient à la réalisation des mesures nécessitées par la décision prise. L'après-midi, ont eu lieu, à la chancellerie d'Empire, les entretiens des représentants de tous les groupes de la population des régions occupées avec les membres du gouvernement d'Empire et du gouvernement prussien. Le chancelier a fait part de l'opinion unanime du gouvernement d'Empire, en ce qui concerne la nécessité de la cessation de la résistance passive. Ces déclarations n'ont rencontré d'opposition de la part de personne. Les représentants de tous les groupes de la population ont exposé leurs points de vue relatifs à la façon dont la résistance passive devait être abandonnée, et ils ont exprimé les désirs de la population à ce sujet. Le principe prévaut que le travail doit être repris d'après une directive unanime et non pas isolément. Le chancelier a affirmé, en terminant, que le gouvernement d'Empire poursuivrait le but qu'il s'était tracé en ce qui concerne le retour des expulsés, la mise en liberté des prisonniers et le rétablissement des droits de souveraineté allemande dans les régions occupées. L'attitude des partis allemands devant l'abandon de la résistance De notre correspondant particuliers - Berlin, 24 septembre. Le gouvernement s'est résigné à l'abandon de la résistance passive. On est à peu près d'accord sur les faits, il n'y a que la façon d'interpréter les événements qui varie. L'extrême-droite et l'extrême-gauche protestent avec violence contre le retrait des ordonnances, ce qui équivaut pour elles à la capitulation pure et simple. Elles attaquent avec plus d'énergie que jamais la politique du gouvernement Stresemann. Les partis de gauche essaient de représenter à l'opinion que la politique désastreuse du gouvernement Cuno a poussé l'Allemagne à l'abime et que le gouvernement actuel a pour devoir de liquider rapidement l'aventure de la Ruhr afin de préserver l'unité du Reich menacée. C'est donc la fin. Sous une forme ou sous une autre, la soumission nous sera notifiée. Menaces de guerre civile Berlin, 24 septembre. On mande de Munich qu'au cours d'une assemblée de la Ligue patriotique nouvellement créée, qui a eu lieu à Augsbourg, en présence du général Ludendorff, un ex-capitaine a appelé M. Stresemann « l'aide- manœuvre du mark suisse », et a annoncé que ses amis nationalistes ont l'intention de marcher sur Berlin en traversant la Thuringe, avec des fusils, des mitrailleuses et les quelques canons qu'ils possèdent. Il a terminé son discours en déclarant que « la révolution nationale est sur le point d'éclater ». Le général Ludendorff a pris ensuite la parole. Il a déclaré que tout devait être prêt lorsque viendrait le jour de l'action. «Le jour arrivera bientôt, a-t-il dit, où la Prusse et la Bavière secoueront ensemble le joug de l'ennemi. » L'organe de M. Hitler a fait un compte-rendu de cette assemblée sous le titre : «Nous nous armons pour la guerre civile. » La Bavière masse des troupes Londres. 23 septembre. - D'après le correspondant du Daily Mail à Berlin, il existe des preuves indéniables que de forts contingents de troupes ont été cantonnés cette semaine dans des villages d'où ils peuvent, en cas d'alerte,, aisément atteindre Berlin. Ces troupes, pour la plupart bavaroises, sont pourvues du matériel de guerre le plus perfectionné et reçoivent des renforts chaque jour. «La Reichswehr fera son devoir » déclare le ministre de la guerre Berlin, 24 septembre. réunion du parti démocrate, |






































































