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EXCELSIOR
Notre excellent confrère le Journal officiel est assurément le meilleur recueil à consulter pour l'étude des mœurs contemporaines. De mauvais esprits ont insinué parfois que ce grave organe faisait à l'occasion une concurrence déloyale aux journaux humoristiques. Quoi qu'il en soit, c'est là que les historiens devront puiser plus tard quelques uns de leurs plus précieux documents. Un de ses récents numéros nous dévoile un point inconnu jusqu'alors de l'histoire des conférences, diplomatiques. Nos représentants à la conférence de Lausanne eurent, parait-il, à souffrir de la parcimonie bien connue de l'Etat français envers ses agents en mission, et il fallut trouver un biais habile pour compléter la liste civile nettement insuffisante allouée à nos délégués. Et voici la trouvaille de Monsieur Lebureau. On décida, par une mesure enregistrée à l'Officiel, que chacun de nos délégués toucherait une « indemnité de boisson. Cette indemnité fut fixée à trois francs par jour et par consommateur, ce qui, au cours du change, permit au général Pellé et à ses collaborateurs de boire environ trois « décis », comme disent les Suisses, à la santé de la généreuse princesse. Avouez que voilà une piquante adjonction à la liste des rémunérations. On connaissait déjà l'indemnité de fonction, pour les fonctionnaires qui fonctionnent; l'indemnité de travail, allouée à certains employés du ministère des Finances; l'indemnité de chaussures, que touchaient jadis les huissiers des ministères. Mais on n'avait pas encore découvert cette idée géniale de l'indemnité de boisson, qui représente, sans doute, dans l'esprit de notre administration, sous une forme noble et bureaucratique, le pourboire des ambassadeurs...
EMILE.
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