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Jean Cousin et Christophe ColombA La Presse 02 Ch Colomb et Jean Cousin 2

Patient chercheur, et fureteur infatigable, notre excellent confrère Louis Deffoux est souvent récompensé de ses efforts par de plaisantes trouvailles. En feuilletant une vieille collection de
journaux, il est tombé sur le décret suivant, signé par Jules Grévy, président de
la République, à la date du 6 août 1882 :

Le président de la République française, sur la proposition du ministre de l'intérieur,

Vu l'ordonnance du 19 juillet 1816, décrète :

Article premier. — Est approuvée l'érection par Voie de souscription publique d'une statue de Christophe Colomb sur une place de Calvi {Corse}.

Art. 2 — Le ministre de l'intérieur est chargé de l'exécution du présent décret.

Et Léon Deffour, constatant que cette statue n'est pas encore érigée, se demande si les habitants de Calvi ne revendiqueraient plus Christophe Colomb comme leur compatriote. Ils semblent bien, en effet, y avoir renoncé. La Revue de la Corse, si remarquablement dirigée par M. A. Clavel, a publié sur cette question une série de documents d'un puissant intérêt, dont nous avons plusieurs fois parlé dans nos Quotidiennes. Il ressort de la controverse qui s'en est suivie, que Christophe Colomb est bien né à Gênes, ou aux environs de Gênes, mais que la Corse n’a aucun droit sérieux à revendiquer le « découvreur » de l'Amérique.

Mais, au fait, celui-ci mérite-t-il ce glorieux titre? La Revue de la Corse nous révèle qu'il l'aurait, en réalité, usurpé, et que le véritable découvreur du Nouveau-Monde serait un Dieppois, nommé Jean Cousin.

Parti sur une nef, vers le début de 1488, le marin français aurait été entraîné dans l'Atlantique par le grand courant éguatorial et porté vers l'embouchure d'un grand fleuve, qui ne serait auire que celui des Amazones ; ayant atteint une terre inconnue — le Brésil — Jean Cousin aurait ainsi précédé Colomb de quatre ans sur le sol américain et de neuf ans Vasco de Gama.

« Mais ce qui est à la fois curieux et même troublant, dit La Revue de la Corse, c'est que, durant son voyage, Cousin avait eu sous ses ordres, comme contremaître, un Espagnol du nom de Vincent Pinson, qui aurait tenté de faire révolter l'équipage et qui serait retourné en Espagne ; or, Colomb fut accompagné pendant sa navigation par trois frères Pinzo, dont l’un s'appelait Vincent-Yanes Pinzon.

« Ce qui est certain, c'est qu'au moment de la renommée de Christophe Colomb, il y eut, à Dieppe, une réclamation en faveur de Jean Cousin, Et, en 1582, l’historien poitevin, Voisin de la Popelinière, dans son Histoire du Monde, y déclara : « Notre Français n'a eu ni l'esprit ni La promptitude de prendre des me« sures publiques pour l'assurance de ses « desseins. »

D'autres témoignages établissent que Christophe Colomb, au cours de son voyage, consultait souvent Pinzon, qui lui donnait des conseils sur la route à Suivre. Ce détail seul est singulièrement de nature à fortifier la thèse en faveur de Jean Cousin. Celui-ci avait d’ailleurs écrit une relation officielle qui serait d'un puissant secours pour trouver la clef de l'énigme. Mais, déposée par lui aux Archives de l'Amirauté de Dieppe, elle a disparu au tours du bombardement effectué par la flotte anglaise et qui anéantit littéralement la ville en 1604. C'est peut-être
à cette circonstance que Christophe Colomb doit de n'être pas dépossédé du titre de «Découvreur de l'Amérique », que la tradition lui a fait attribuer. —
PAUL-HYEX