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Les Etats-Unis devant la capitulation allemande
les financiers américains pressent M. Coolidge de renoncer à la Politique d'isolement
La seconde capitulation de l'Allemagne a produit aux États-Unis une émotion considérable que la presse américaine de ces jours derniers autant qu'on peut la connaître par les dépêches d'agences, puisque les journaux ne sont pas encore arrivés reflète très exactement. Mais ce sont surtout les milieux d'affaires et les milieux financiers qui semblent avoir mesuré brusquement l'importance d'un pareil événement. Ils comprennent aujourd'hui que la prospérité américaine dépend dans une grande mesure du rétablissement de la stabilité en Europe, où se trouvent les meilleurs clients des États-Unis, tandis que les économistes qui s'inquiètent des signes de déclin que l'on peut percevoir sur les marchés américains, sont de plus en plus convaincus que la situation ne s'améliorera pas tant que la paix ne sera pas rétablie en Europe sur une base solide. Cet état d'esprit a été marqué très clairement par le vote émis au cours d'une conférence des Banquiers tenue il y a trois jours à Atlantic-City, vote qui condamne la politique actuelle du gouvernement parce qu'elle se tient trop à l'écart de l'Europe, et risque de mettre en danger la prospérité des affaires américaines. L'ordre du jour adopté est formel, il demande que la Debt Funding Commission entre en négociations avec la Grande-Bretagne et la France pour le règlement du problème des réparations. La question est de savoir quelle sera l'attitude du gouvernement américain en présence de ce revirement d'opinion. Jusqu'à présent, on a bien l'impression que M. Coolidge ne tient pas à se départir de la ligne de conduite de feu le président Harding, lequel préférait se tenir à distance des événements européens et ne point se compromettre dans le règlement des affaires d'outre-Océan. Déjà M. Coolidge avait déclaré nette- ment, au lendemain de la mort de son prédécesseur, qu'il entendait suivre les mêmes directives. Il ne semble pas que le développement de la situation occidentale l'ait porté à changer de méthode, et l'on fait savoir, dans les milieux autorisés de la Maison Blanche, que non seulement le président actuel n'est pas disposé à modifier sa politique de non-intervention dans les affaires européennes, mais que même les complications récentes survenues ne sont pas de nature à lui faire modifier son point de vue. Cependant, le président Coolidge serait disposé, comme M. Harding, à désigner un représentant américain à une Commission internationale destinée à établir l'aptitude de l'Allemagne à payer les réparations, mais ceci à la seule condition que la France et la Grande-Bretagne inviteraient les Etats-Unis à participer à cette tâche. En résumés, les événements de ces jours derniers auront certainement une répercussion directe sur la politique américaine. Déjà les mêmes milieux financiers entrevoient la possibilité d'un emprunt à accorder à l'Allemagne, possibilité qu'ils niaient encore il y a quelques semaines. Une dépêche de New-York envoyée hier à la Chicago Tribune le disait en propres termes mais ajoutait que les Français devraient laisser garantir cette opération par une première hypothèque sur les biens de l'Allemagne, ce qui reviendrait, en fait, à abandonner la priorité exigée en faveur des réparations. Point n'est besoin d'insister sur le caractère tendancieux d'une pareille opération, mais en la considérant même comme un simple ballon d'essai, elle établit clairement qu'aux yeux mêmes de l'opinion américaine, la situation mondiale vient de se modifier complètement.
André GUERNES
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