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D'où nous vient la peste ?

Le « Ghetto » de Paris est-il un foyer épidémique ?

La peste est à Paris. Elle n’y est pas venue toute seule. Dans ces dernières années, des dizaines de milliers d'étrangers plus ou moins désirables n'ont cessé d'affluer chez nous et de s’entasser dans certains quartiers de la capitale. A-t-on pris à l'égard de ces immigrés toutes les précautions qu'exige la défense de la santé publique ? A-t-on fait quelque chose, en particulier, pour la surveillance sanitaire du « ghetto » ?

Le « ghetto », c'est ce quadrilatère assez peu reluisant compris, dans le quatrième arrondissement, entre les rues des Rosiers, du Roi-de-Sicile, Vieille-du-Temple et Pavée. Là vit une population très fermée et assez homogène, d'israélites, de Slaves et d'Orientaux, qui s’est parquée d'elle-même dans ces trois où quatre rues. Les enseignes des commerçants sont rédigées en yeddisch et en russe. On vend chez le bistro du vin de Sion. C’est dans Paris une ville étrangère.

Il y a là, sans doute, bon nombre d'ouvriers et de commerçants parfaitement honorables, laborieux, et installés définitivement en France. Mais le quartier est aussi envahi par une population flottante d'étrangers de passage qui viennent s'entasser pour quelques semaines en surnombre dans les taudis déjà surpeuplés. Ces nouveaux venus arrivent chez nous après avoir voyagé pendant des semaines, quelques fois des mois, dans des conditions de propreté au moins douteuses. Ils ne manquent pas d'apporter dans leurs vêtements des échantillons de tous les germes en circulation dans des pays où les préceptes de l'hygiène personnelle et domestique sont encore magnifiquement ignorés. |

Des précautions sont prises, nous dit-on à la mairie du IV°. Actuellement seul l'étranger capable d'établir qu'il trouvera à son arrivée un logis où au moins un lit est autorisé à passer la frontière. Encore faut-il que le cubage d'air de ce logement soit réglementaire. Au surplus, la surveillance policière est particulièrement étroite dans ces quartiers. Il y a encore, évidemment, des étrangers qui passent entre les mailles du filet ; mais, depuis la guerre, il leur est devenu très difficile d'échapper au contrôle sauf peut-être en ce qui concerne certains alliés comme les Polonais envers lesquels nous sommes obligés d’avoir des égards particuliers.

— Mais l'hygiène ?

— Deux services s’en chargent : celui de la préfecture de la Seine et celui de la préfecture de police.

Seulement, on ne peut pas, d'un coup de baguette, supprimer le taudis, aérer les logements insalubres, orienter les fenêtres au Midi, sécher les murs humides...
Dans un quartier comme celui-ci, il y a trop à faire. Il ne reste qu'une solution : la pioche.
Eh bien, la pioche va entrer en action. On a déjà décidé la démolition de tout le pâté sordide qui se trouve entre la rue de l'Hôtel-de-Ville et le quai du même nom. Les locataires ont reçu congé. Cela n'a pas été sans mal. Ce n’est pourtant qu'un commencement...

— Alors le ghetto ?

— Le ghetto est voué à disparaître. dans quelque temps. — les maisons, au moins.

Acceptons-en l'augure.