| L'Ouest Éclair 18 juillet 1923 (art. page une) |
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Des lois d'hygiène, s'il vous plait ! Il meurt chez nous trois fois plus d'enfants en bas âge qu'en Angleterre et en Allemagne et quatre fois plus qu'aux États-Unis. On discutait le budget de l'Hygiène, au Sénat, le 23 juin. Un interpellateur, M. Fernand Merlin, exprima l'avis qu’il faudrait donner au ministère de l'hygiène une constitution définitive. Il faudrait avant tout le loger. Il n'existe pour la protection de la santé publique qu'une façade. Aussi notre mortalité est-elle très élevée, alors que nous pourrions, par des mesures d'hygiène intelligemment conçues et sincèrement appliquées, récupérer par an près de 100.000 vies humaines. Telle doit être l'œuvre du ministère de l'hygiène On attendait beaucoup de ce ministère, quand il fut créé, voici quelque quinze ans; qu'a-t-il donné? rien, ou presque rien. C'est grand dommage. Il n’est pas, tout bien examiné, de question plus importante ni plus urgente. Les enfants qui veulent bien naître ne sont pas assez nombreux; sachons conserver vivants ceux qui nous font la grâce de venir au monde. Les remèdes contre la dénatalité, ceux que les « prix Michelin » nous proposent entre autres : le vote familial, les allocations aux familles nombreuses, la réforme des lois, que sais-je encore, sont légion. Sur le papier, tout cela est assez séduisant. Sur le papier. Mais je crois, avec Ludovice Nandeau, qui vient de publier sur ce sujet dans l'Illustration une étude remarquable et remarquée, que « notre sauvegarde est en nous, rien qu'en nous, seulement en nous, et ne dépend que de nous. ». Il y aura des berceaux dans toutes les demeures, des nouveau-nés au seuil de toutes les maisons, des groupes d'enfants et à tous les carrefours, quand les mœurs françaises se seront, à nouveau, disciplinées, quand nous aurons fini de jouer, en affreux pessimistes, à la baisse de la France, ce ne sera pas demain, croyez-le. Allons donc au plus pressé, c'est-à-dire empêchons de mourir qui peut vivre, faisons de la puériculture. Nous sommes terriblement en retard sur ce terrain.. Sait-on qu'il meurt chez nous trois fois plus d'enfants en bas âge qu'en Angleterre et en Allemagne, et quatre fois plus qu'auxEtats-Unis depuis qu'on y applique rigoureusement les méthodes de notre Pasteur ! Sait-on qu'il meurt en Angleterre deux perssonnes adultes quand il en meurt trois en France, et cette différence se traduit chaque année pour nous par uns perte de 200.000 Français ? Sait-on que, depuis 1870, il est mort en France six millions d'enfants, dont les trois quarts et même davantage auraient pu être sauvés ? Sait-on que dans notre belle France, le plus beau pays du monde, la seconde patrie de tout homme civilisé, il meurt par an 150.000 tuberculeux, 40.000 cancéreux, 100.000 syphilitiques? Ces chiffres sont impressionnants. Quand M. Fernand Merlin, on quelque autre interpellateur, les cita à la tribune du Sénat savez-vous ce que répondit le ministre de l'Hygiène ? M. Strauss — homme compétent certes, et plein de bonne volonté — M Strauss donc répondit qu'il allait s'entendre avec le ministère de l'agriculture sur les mesures à prendre pour assurer la distribution d'un lait sain, indispensable à la santé des enfants ! Demain. toujours demain ! Quelle misère ! Les mesures salvatrices, il y a longtemps qu'on les a prises, en Angleterre et dans les dominions britanniques, pour s'en tenir à cet exemple. Le droit au lait est devenu là-bas un principe. Les laitiers sont surveillés de près, le passant même n'échappe pas à là surveillance du policeman. Il y a des contrôleurs d'hygiène qui descendent dans les cuisines des grands hôtels qui perquisitionnent chez le marchand de fruits et de légumes comme chez le boulanger et chez le confiseur. Ne vous figurez pas cependant une avalanche de prescriptions enfermant chacun dans un réseau infernal, non. Quelques lois simples, claires, précises, mais appliquées sans mollesse Le laitier qui tripote son lait:5 livres d'amende. S'il récidive c'est 20 livres qu'il paiera. Une troisième infraction est punie d'une amende de 100 livres et d'une interdiction de vendre plus ou moins longue Enfin, au cas d'une quatrième incartade la licence est définitivement retirée. Résultat - une diminution foudroyante de la mortalité infantile anglaise, et le chiffre de la mortalité générale tombant à 12/2 de 15/2 qu'il était pour mille habitants en 1900 ‘Angleterre passons en Danemark. A Copenhague, 20 personnes en moyenne sur 10 000 habitants mouraient chaque année de tuberculose ; en 1880 est promulguée une loi sur l'assainissement des habitations, dès lors la courbe descend, d'abord imperceptiblement, puis, dès 1890, il n'y a plus que 20, en 1900 plus que 15 et enfin en 1922 le nombre des décès est tombé à 9. Le Danemark tout entier ne donne que 7.23 décès de tuberculose par an sur 10.000 habitants. ce qui est le chiffre le plus bas de l'Europe. Voila l'effet des lois, que n'avons-nous en France cet appareil législatif ? Il faut nous le donner, nous le réclamons. Nous en avons besoin, c'est pour nous une question de vie ou de mort Nous voulons des lois contre l'alcoolisme (n'y aurait-il pas avantage à se que les habitudes d'ivrognerie, dûment constatées, entraînassent la déchéance civique ?) contre ces taudis où sont entassées, dans une hygiène et une promiscuité déplorables. Beaucoup de familles ouvrières, et où les germes morbides se développent à leur aise pendant que les sentiments de décence et de simple morale s'atrophient par une fâcheuse accoutumance, des lis de protection contre la redoutable syphilis, au sujet de laquelle il faudra bien que nous sortions, comme les Danois l'ont fait, de la période des « doit-on le dire » ! C'est à l’État, soutenu par le législateur et encouragé par le moraliste, qu'il appartient de prendre la tête du mouvement de régénération, parce que son activité sera permanente, parce qu'il a seul l'autorité, le pouvoir de coordination et les moyens d'action nécessaires. Les hécatombes de la guerre lui imposent, à lui d’abord, à tous les groupements, à toutes les ligues, à tous les particuliers ensuite, un redoublement de surveillance préventive et de solidarité préservatrice Tout, absolument tout, doit être mis en action pour faire baisser le taux de notre mortalité, puisqu'il est patent, hélas, que de jour en jour, la race française se recroqueville ! Eugène LE BRETON |
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