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Excelsior 02 janvier 1924


cuisine ambulante - traveling kitchen -

M. Charles Vogel nous rappelle, dans le Journal, qu'en 1829 un industriel entreprenant essaya d'introduire à Paris la voiture-cuisine chinoise à vapeur.
« ...Chinoise à vapeur » est un peu hardi. Les Chinois colportent, en effet, des nourritures par les rues. Mais leurs roulottes, surtout en 1829, n'étaient pas à vapeur, et pour cause les enfants du Juste-Milieu ont peut- être inventé la poudre, mais pas la locomotive.
Quoi qu'il en soit, l'inventeur se proposait « de répandre dans Paris des aliments chauds à des prix très modiques, apprêtés avec soin et propreté, pour la classe nombreuse et intéressante des habitants de la capitale qui n'ont ni le temps ni les moyens de préparer eux- mêmes leur nourriture ». Chaque voiture devait distribuer quotidiennement 2,000 rations. Elle contenait deux fourneaux et huit chaudières.
L'innovation ne réussit pas. M. Charles Vogel estime pourtant qu'elle est à reprendre. C'est aussi mon avis. Je ne vois aucune raison pour qu'un tas de bonnes choses, le bouillon, les tripes, les saucisses, le gras double et les glaces, et même, en été, la glace, tout simplement ne soient pas promenées et vendues par les rues, ainsi que les pommes de terre frites.
Il n'est pas besoin que cette voiture soit à vapeur, ou même à essence. Il faut, en effet, qu'elle aille lentement. Un bon petit âne suffirait très bien.
Mais il y a les objections, que je ne me dissimule pas.
D'abord, ça augmenterait encore l'encombrement de la circulation.
En second lieu, je ne sais pourquoi, du reste, les Français c'est peut-être un signe de bien-être général semblent se détacher de plus en plus de la cuisine chaude achetée toute faite, et surtout de la cuisine ambulante.
On voyait, il y a quelques années, dans nos rues des petites roulottes, très gentilles, d'origine américaine, si je ne me trompe, qui débitaient je ne sais quelle friandise, assez agréable. Elles semblent n'avoir pas eu de succès. Les rôtisseries, qui étaient une des caractéristiques du vieux Paris, les boutiques où l'on débitait des plats de cuisine diminuent de nombre chaque année, tandis qu'à Londres, par exemple, les friteries de poissons, dans les quartiers populaires, ont une clientèle importante, et qu'à Constantinople vous pouvez vous procurer une excellente grillade (kebab) à tous les coins de rue.
De même, le sort ne paraît pas être favorable, à Paris et même à Lille, où jadis il y en avait tant, aux marchands de pommes frites en plein air.
Il ne reste plus que le marchand de marrons... Peut-on réagir? L'expérience peut se tenter, mais je ne prétends pas qu'elle soit sans risques.
Pierre MILLE.