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Apollinaire, femme de lettres…
Nous venons de relire une fine chronique de littérature féminine, écrite en 1909 par cette exquise Louise Lalanne, celle-là même qui pas- sait, dans le public, pour et qui disparut être une jolie et scudain sans plus jamais faire parler d'elle. Dans le dernier numéro des Marges, la véritable personnalité de Louise Lalanne nous est révélée. Lisez plutôt : «Nous désirions publier une Chronique de la Littérature féminine. Nous la demandâmes, successivement, à deux illustres femmes de let- tres. L'une et l'autre se dérobèrent. C'est alors que nous priâmes Apollinaire de se déguiser en femme. Il accepta en riant, et se prêta au jeu de bonne grâce, sous le nom de Louise Lalanne. » Apollinaire joua son rôle à merveille. Quelle délicatesse charmante et quelle sensibilité il mettait dans ces chroniques féminines. Citons, par exemple, ce délicieux passage : « Je trouvai ma pauvre amie, ordinairement si jolie, devenue semblable à un ruban fané.. Affaissée sur le sol, elle sanglotait. Ses mains, dont la paume était tournée en l'air à la hau- teur des yeux, pendaient comme des franges! Je ne savais que dire et pleurais avec elle, lorsque, mes yeux s'étant portés sur une console, j'y vis un livre dont je lus le titre amer Pour en finir avec l'amant. Cruelle Aurel J'ai lu le livre fatal. Il est injuste du commencement à la fin. Vous voudriez que par amour on tuât l'amour. Je ne me conver- tirai jamais à cette morale austère et passionnée. » N'était-ce point là de la critique littéraire bien féminine et de la meilleure qualité
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