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LOCOMOTION MODERNE Les autos électriques connaîtront-elles la mode?
Les Parisiens n'ont pas oublié ces voitures électriques qui circulèrent dès les premiers temps de l'automobile. Ils eurent même à leur disposition un fiacre de cette sorte. Ces voitures sans capot, où le conducteur était comme juché sur une tribune et dominait la route, ne provoquèrent pas d'enthousiasme. En vain étaient-elles douces, silencieuses, confortables on peut même ajouter à leur louange qu'elles étaient inoffensives, car l'excès de vitesse ne fut jamais leur fait, leur esthétique correspondait mal à ce qu'une génération nouvelle attendait de l'auto. Outre leur petite allure, pourtant bien joliment régulière, on leur reprochait d'avoir vraiment l'air d'un coupé hippomobile dont on aurait sup- primé les chevaux et scié les brancards. Voilà pourquoi, sans doute, les constructeurs qui ont entrepris de rendre la vogue à la locomotion électrique n'ont pas manqué de conserver le capot, inquiétant museau tourné vers l'aventure. Leurs voitures celles qu'ils nous ont montrées hier à Bellevue à l'Office national des recherches scientifiques - sont très semblables par l'extérieur aux monstres soufflants, cornants et vrombissants dont, nous avons pris l'habitude. Mais sous ce capot, qui n'est plus qu'un faux nez, ils ont disposé les indispensables accumulateurs, en partie du moins, car ceux-ci sont lourds et volumineux. Bien plus que la faible vitesse (le trente-cinq à l'heure est une belle moyenne pour une voiture électrique du type « taxi ») les accumulateurs représentent la seule objection sérieuse en l'état actuel de la science, comme on dit contre la locomotion électrique, cause d'abord de leur poids (1,800 kilogs pour un camion de 5 à 7 tonnes); ensuite parce qu'ils sont lents à recharger; enfin parce que les stations de charges sont bien peu nombreuses encore pour l'ensemble du territoire français. Il est vrai que ces stations peuvent se multiplier. Il est vrai aussi que les opérations trop lentes de la recharge peuvent être remplacées, dès que nous voudrons nous organiser dans ce sens, par un simple échange des accumulateurs vides contre d'autres tout chargés. Mais ce sont là des anticipations.. Aussi bien les constructeurs, l'Union des syndicats d'électricité, l'Automobile-Club l'Office national des Recherches présentaient-ils surtout hier à M. Reibel, ministre des régions libérées, auquel rien de ce qui se passe en Seine-et-Oise n'est étranger, un programme n'est d'avenir. Un programme qui est d'ailleurs en voie d'exécution: il débute par huit journées d'exhibitions, à dater d'hier. Point n'est besoin, pour qu'ils y assistent, que les Parisiens se déplacent jusqu'à Bellevue, encore que l'itinéraire par le baleau et le funiculaire ait son charme. Les voitures électriques viendront jusqu'à eux, le 1, le 4 et le 8 du mois prochain. Nous verrons les lourds camions circuler autour du Trocadéro, tandis que les plus légers se hasarderont sur les pentes de la rue Lepic. Bref tout sera fait pour nous donner confiance dans un mode de locomotion, qui n'est pas nouveau, mais dont on a peut-être trop négligé jusqu'à présent les avantages. Ceux-ci sont réels, et d'ordre divers : la douceur, le confort, le silence dont nous avons parlé l'absence des gaz brûlés, aussi, de ces gaz qui blessent notre odorat de citadins et qui finiront par fuer nos arbres et puis la réelle facilité de pilotage: les voitures électriques, à une ou deux vitesses, se conduisent comme un jouet d'enfant. Enfin, la plus belle des qualités sans doute l'économie. Economie dynamique (alors qu'il faut 45 HP à nos autobus à pétrole, 15 ou 17 suffiraient aux autobus électriques); économie financière, puisque l'essence est hors de prix alors que la France, par ses rivières, ses chutes d'eau, est si riche en électricité. A l'heure actuelle, le moteur électrique ne permet guère, sans recharge, d'effectuer plus de 35 kilomètres s'il s'agit d'un lourd camion, de 50 à 80 s'il s'agit d'une voiture légère. Le tourisme ne peut donc pas en profiter. Cela viendra, et d'abord dans les pays de montagne où l'on tend à électrifier les voles ferrées et où chaque station fera à bon compte l’office de «station de charge », puisqu'elle pourra utiliser ses déchets d'énergie ». Déjà, notre ministère de la guerre s'intéresse à la question, où il voit la solution du problème que poserait pour lui une crise d'essence en cas d'improbable isolement. Es puis, suprême encouragement, ne nous dit-on pas que 30,000 voltures électriques roulent en Angleterre et 180.000 en Amérique.
ROBERT DESTEZ.
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