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 L'État des routes françaises

Un de nos confrères du Petit Parisien, suivant en ce moment les routes de France en automobile, a été, dit-il, « amusé d'abord, indigné ensuite » par ces tas de pierres rangés à égale distance au bord du talus, et si bien disposés en trapèze par les soins des cantonniers. Il y a là, en effet, de quoi rire et de quoi se fächer, comme de toutes les sottises du monde, et particulièrement des niaiseries administratives, 

On ne sait pas quel jour, ni en queile année, l'administration des ponts et chaussées s'apercevra que les routes ne peuvent plus être ce qu'elles étaient en 1830, et si elle découvrira jamais l'invention de l’automobile. Déjà la plupart de nos chemins sont beaucoup trop étroits pour que les voitures y puissent rouler à l'aise. Néanmoins, l’administration y prend un mètre à gauche, un mètre à droite pour y ranger ses petits cailloux. 

En 1923, tous les cantonniers de France sont occupés à casser des pierres à coups de marteau. C’est pour les étaler sur Îa chaussée en 1924. En 1924, ils recommencerout, en vue des travaux de 1925. Ainsi, éternellement, nos routes sont rétrécies par de consciencieux fonctionnaires, qui font ce que faisaient leurs pères, lesquels imitaient leurs aïeux.

L'automobiliste doit suivre sa droite. C'est-à-dire qu'il doit briser ses roues sur les pierres et crever ses pneus tous les cent mètres. Ajoutez à cela que l'administration à coutume de donner à la route une courbure aimable, dite en dos âne. L'äne, il y en a un dans cette Affaire, en effet. La route n’est point plate, afin que les eaux de pluie puissent s’écouler facilement. Il n’y a point, paraît-il, d'autre système pour drainer les eaux de pluie que le système du dos d’ane.

Aussi les conducteurs de voitures à chevaux ont bien soin de rouler juste sur le dos de cet âne symbolique, On les injurie. On leur crie: « Rangez-vous donc, espèce de paysan! Vous ne pouvez donc pas tenir votre droite, abruti! ». Non, ils ne peuvent pas tenir leur droite. S'ils tenaient leur droite, ils épuiseraient leur bête, incapable de trotter sur la déclivité du chemin.

Aussi se laissent-ils injurier avec philosophie, car les chevaux coûtent cher. Mais les injures, ce n’est pas eux qu'elles atteignent en réalité. C’est de bons messieurs, tranquilles dans leur bureau, et qui trouvent que rien n'a changé depuis Philippe-Auguste.

Louis LATZARUS.