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Le Petit Parisien 19 janvier 1924


POUR ET CONTRE
Être poète, ce n'est évidemment plus un métier. La dure fin, après la dure vie, du poète Maurice du Plessys atteste cette vérité sévère. L'écrivain peut à la rigueur vivre de sa plume s'il écrit en prose; s'il a la prétention d'aller à la ligne tous les douze pieds, ou tous les huit, s'il s'entête à vouloir cueillir des rimes dans les jardins de l'irréel, il est sûr de son affaire. Il vivra affamé et mourra dans le dénuement pour avoir voulu nourrir Pégase. Pégase est un pur sang de luxe qui coûte horriblement cher à l'heure actuelle et qui ne gagnera jamais le grand Prix de Paris... Pégase n'est plus rien... Épinard a pris sa place...
Ii est facile de tirer des conclusions attristées et pessimistes de cette pénible constatation. On peut en profiter pour flétrir les temps que nous vivons, qui sont incontestablement en prose et qui manquent de rimes riches et d'harmonie.
Alors, peut-on s'écrier avec émotion, un pauvre n'a plus le droit d'être poète ? Alors, la poésie, comme la fréquentation des palaces, comme les délices de la Riviera et comme le champagne brut, sera désormais réservée aux seuls messieurs millionnaires et aux étrangers à change haut? Alors la République de France est fermée aux poètes?
On peut dire tout cela et beaucoup d'autres choses encore... Mais on peut, aussi, essayer de raisonner et l'on peut dire :
Non. Il n'est pas défendu à un pauvre d'être poète. Mais il faut que le pauvre ait un autre métier qui le fasse vivre. Mais il faut qu'il gagne son pain et il ne faut pas qu'il cherche à le gagner avec ses rimes. Il ne faut pas, au siècle où nous sommes, qu'il ait la prétention de ne rien faire hormis des sonnets ou des ballades. Il faut qu'il « gagne sa croûte » comme tout le monde. C'est une nécessité sociale et c'est peut-être même une nécessité littéraire... Car le poète, pour demeurer un vrai poète, ne doit pas chercher à monnayer ses strophes... La poésie, ça ne peut pas se payer. Ou ça ne vaut rien. Ou c'est inestimable...
Oui. Mais il y a l'Etat... L'Etat, dira-t-on, ne doit-il pas aider les poètes? Sous la royauté, les poètes, les bons et les médiocres, ne recevaient-ils pas quelques subsides?
Les temps ont changé, peut-on répondre... Et l'Etat a vraiment assez de charges, le contribuable aussi, pour ne pas avoir besoin d'entretenir les poètes. Et puis, quelle figure ferait, de nos jours, un poète entretenu, un poète d'Etat garanti par le gouvernement, un poète qui risquerait de tomber avec le ministère ?...
L'Etat, du reste, est encore tout disposé à soutenir les poètes s'ils acceptent d'être fonctionnaires. Nous avons trois poètes, au moins, qui sont commissaires de police... Le président d'un groupe de poètes est juge à Paris... Au ministère de la Guerre, à la Marine, dans toutes les administrations, il y a des poètes connus et mieux que distingués...
Que nos jeunes poètes se fassent donc, au moins fonctionnaires... Ils mettront, dans nos fonctions publiques, un peu de poésie, un peu de fantaisie, un peu de grâce et d'élan. Ils trouveront le moyen de faire rimer administration avec... administré !... Personne n'ira s'en plaindre...
Maurice Prax.