Nouvelles des ports

aquarelle marine - marine watercolor

Rafiots et compagnies

aquarelle marine cargo au mouillage - marine watercolor cargo ship at anchor

Nouvelles des escales

aquarelle marine - marine watercolor


L'Oeuvre


hommage à Roland Garros

Un hommage au héros Roland Garros

Il était dix heures du matin. Depuis quelques minutes, les curieux s'arrêtaient sous la bise pour voir s'aborder, sur le terre-plein de l'Arc-de-Triomphe, de jeunes hommes aux yeux clairs, aux visages couturés de cicatrices. On en nommait quelques-uns:
René Fonck, l'as des as !
Le capitaine Pinsard, l'as des Cigognes!
Le colonel de Groys!
Celui dont la face est brûlée, c'est Emile Picard, le camarade de Madon...
Aucun n'exhibait de décorations. Mais tous, aviateurs de guerre et « vieilles tiges », vêtus des chauds lainages habituels aux hommes de l'air, portaient à leur cravate, en épingle, l'insigne de leur escadrille.
Il y avait Kirch, Hoeglen, de Marmier, Rigaud, d'autres encore. Il y avait des anciens, Besançon, Blanchet, Renault, Sarda, Letorey, des pilotes d'avions, de dirigeables, de ballons, des officiers de terre et de mer, des chasseurs, des bombardiers, des mitrailleurs.
Au milieu d'eux, il y avait M. Georges Garros et la mère de Roland Garros. Tous étaient là pour rendre hommage au héros tombé le 5 octobre 1918, un mois avant l'armistice, sous les coups de cing adversaires conjugués. Ils attendaient ensemble les débris de l'avion foudroyé, que Bathiat, Labric et Fronval, as comme eux, avaient été chercher à Saint-Marcel et qu'à toute vitesse ils ramenaient en auto, pour les soustraire aux pilleurs de reliques et les conduire à Chalais-Meudon.
Bientôt, trois voitures, marquées d'une cigogne, bondirent sur les Champs-Elysées. L'une portait une large couronne de feuillages d'or et de chrysanthèmes et, dans deux caisses parées d'une étamine tricolore, les restes héroïques, avec cette inscription:
L'APPAREIL DE ROLAND GARROS
D'un seul geste, les têtes se découvrirent. L'auto stoppa contre la tombe du Soldat Inconnu. Les as l'entourèrent. Le père de celui qui, le premier, traversa la Méditerranée, qui inventa le tir dans l'hélice, et qui, prisonnier, s'évada, prit, avec Emile Picard, la couronne fauve. Et tous les camarades, tête nue, immobiles, regardèrent déposer ces fleurs sur la dalle.
Ce fut tout. Ce fut émouvant et fier. Puis, sans qu'un mot ait rompu le grand silence, l'auto démarra, poursuivit sa route et l'assistance se dispersa.
A 11 heures, au Musée de l'Aéronautique, à Chalais-Meudon, le capitaine Hirschauer et M. Dollfus reçurent les ailes brisées du grand oiseau historique, qu'évoquera bientôt, au lieu où il tomba, un monument élevé par les frères d'armes du héros.