| Paris-Midi 19 septembre 1923 (art. page une) |
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REFLEXIONS Les cataclysmes sociaux, guerres ou révolutions, sont-ils décidément du même ordre que les cataclysmes naturels, éruptions volcaniques ou tremblements de terre, et l’homme demeurera-t-il éternellement aussi impuissant sur ceux-là que sur ceux-ci ? Telle est, semble-t-il, la question qui se pose invinciblement à l’esprit dans les temps où nous vivons. Suivant que l’on répondra par un acte de confiance en l’humanité ou par un abandon à la fatalité on aura plus ou moins de goût d’être homme. Les mêmes réflexions viennent à l'esprit devant les sarcasmes dont on couvre actuellement la Société des Nations. Certes quelques unes de ces critiques sont de nature à provoquer d’utiles méditations. Il est trop certain que la Société des Nations, désarmée, simple pouvoir spirituel, n’eût pas eu les moyens de faire respecter son verdict. On n'aurait pas à constater aujourd’hui cette faiblesse si l’on avait écouté la France en 1919, et l’on mesure l’imperfection de l’œuvre wilsonienne. Mais le remède serait d’armer l'organisme international au lieu de réclamer sa destruction, comme on le voit soutenir même en France. Pas de désarmement possible sans une discipline de justice, appuyée sur une force exécutive. Certes encore on a pu suspecter à bon droit l’impartialité de quelques-uns des arbitres, Lord Robert Cecil aurait eu plus d’autorité morale si la récente politique de l’Angleterre à l'égard de la Grèce ne rendait très problématique le désintéressement avec lequel elle embrasse aujourd’hui la cause des petits peuples. On n’a pas oublié les récents Mémoires de M. Asquith, d’où il ressort clairement que la Grande-Bretagne ne fût pas intervenue en 1914, si derrière le petit peuple belge elle n’avait vu son intérêt. Il est hors de doute qu'aujourd'hui, derrière le petit peuple grec elle voit surtout l’équilibre de la Méditerranée. Et l’on se rend compte aussi que sa proposition de faire trancher la question des réparations par des « experts internationaux » s'inspire de tout autres considérations que la justice. On n’a pas manqué de rappeler ces faits. Les fautes se payent. Mais il n’en est pas moins vrai qu’en 1923 comme en 1914, quelques imprudences qui aient été commises, c’est bien le droit des petit peuples qui s’est trouvé menacé par une poussée d’impérialisme. L'affaire est arrangée, semble-t-il, par les moyens diplomatiques, par l'équilibre politique, et il faut se réjouir que la menace. de guerre se trouve conjurée. Mais il n’y a pas à se féliciter, pour l’avenir d’une Europe disciplinée par la raison que les habiletés de la politique aient emporté sur le droit. La force empirique s’est opposée à la force, la prudence a su louvoyer, on croit pouvoir crier haro sur l’ordre international. Si la prudence et l'intérêt présent suffisent à conduire les affaires humaines, tout est bien ; mais s’il redevenait nécessaire de faire appel aux plus nobles, aux plus profonds sentiments de l'être humain — à ces sentiments qu’on bafoue quand on croit n’en avoir plus besoin — on s‘apercevrait peut-être que certains sarcasmes, qu'on croit élégants, atteignent le cœur de la patrie. Georges Guy-Grand |







































































