Le Petit Journal illustré 25 mai 1924


composition de l'Assemblée Nationale

ENTRE NOUS

Dès le lendemain des élections, on a publié des statistiques donnant la composition de la nouvelle Chambre au point de vue des opinions politiques. C'est le point de vue qui, habituellement, intéresse le plus les électeurs au lendemain de la grande consultation nationale. Mais il y a une autre façon de répartir nos représentants. C'est de les classer par profession.

Voici donc ce que comprendra la Chambre des députés entrant en fonctions le 1er juin : 143 avocats (c'est une tradition qu'ils soient toujours les plus nombreux, l'éloquence étant la première qualité réclamée d'un représentant). 53 agriculteurs (ceux-ci ne sont pas trop mal partagés, on le voit. Et rien n'est plus juste); 46 industriels; 38 publicistes, 33 commerçants; 33 universitaires 31 médecins 30 ouvriers ou artisans 28 employés; 19 fonctionnaires; 13 ingénieurs; 11 officiers; 8 instituteurs; 8 avoués; 6 magistrats 6 pharmaciens; 4 conseillers d'Etat; 4 notaires; 4 prêtres catholiques 3 pasteurs, 2 banquiers; 2 architectes; 2 dentistes et 2 vétérinaires. Enfin 44 de nos députés sont classés comme sans profession. Ce sont, pour la plupart, des propriétaires ou des rentiers.

La représentation professionnelle, on le voit, est très largement comprise dans cette énumération. Bien entendu, rien, dans leur costume, ne les différenciera, entre eux. Et c'est tant pis pour le pittoresque ! Cependant nous aurons une exception.

Le Palais-Bourbon a vu autrefois le député Garnier qui, converti à l'islamisme, venait siéger en gandoura et en burnous; puis le député Thivrier, qui revêtait sa blouse d'ouvrier pour assister aux séances. Cette fois, nous aurons un représentant bien différent des autres: ce sera M. Cadic, nouvel élu du Morbihan, qui compte bien conserver son costume breton parmi la foule uniforme des jaquettes et des vestons.

Tout se transforme, tout se modernise. On a cité, il y a quelques années, comme une innovation curieuse la création d'une chapelle à bord d'une péniche, chapelle flottante à l'usage des mariniers. Aux Etats-Unis, on a voulu faire mieux encore. Il existe là-bas des chapelles roulantes de toutes les sortes.
D'abord des chapelles aménagées dans des wagons construits spécialement pour cet usage et qui peuvent circuler sur toutes les lignes du vaste réseau américain. Ce sont des catholiques qui ont eu cette idée. L'une de ces voitures, placée sous le vocable de Saint-Pierre, sert à la fois de temple mobile et d'habitation confortable pour le chapelain, ses acolytes et son domestique. L'autre, le Saint-Antoine, frère du premier, parcourt, comme celui-ci les immenses étendues du Far-West, où les colons sont disséminés très loin les uns des autres.

Toutes deux, construites en acier, sont lambrissées à l'intérieur de bois d'acajou. Elles mesurent environ vingt-cinq mètres de longueur. L'oratoire proprement dit occupe la moitié du wagon. Une soixantaine de personnes peuvent y prendre place. On y peut voir un autel, un orgue et un confessionnal. L'autre partie de la voiture comporte une salle à manger, une bibliothèque, un bureau, des chambres, des cabinets de toilette et une cuisine.
Le wagon-chapelle ne peut que suivre les rails. Il existe aussi, aux Etats-Unis, des autos-chapelles. Moins grandes que les premières, mais plus maniables, elles passent par les routes les plus difficiles et, arrivées à destination, ouvrent leur porte qui laisse apercevoir à l'intérieur l'autel et les objets du culte. Tandis que le prêtre officie, les fidèles se massent à l'extérieur. Enfin, une sorte de tribune, placée à l'arrière de l'auto, permet au prédicateur de prendre la parole et d'être entendu de tous.

En Amérique, on le voit, la religion s'efforce d’être aussi moderne que la commerce ou l'industrie.

L'INDISCRET.


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