Le Petit Écho de la mode 06 juillet 1924


Nos petites ignorances, d'hier à aujourd'hui. Saviez-vous ? Ou Connaissez-vous ?

NOS PETITES IGNORANCES

Cédille. Sait-on quelle est l'origine de la cédille qu'on place sous le C pour en rendre le son semblable à celui de l'S.

La cédille (nommée ainsi comme diminutif du mot zeta, le Z grec) n'est pas autre chose que cette même lettre Z que jadis on avait coutume de placer à la suite du C quand il devait avoir le son doux. On écrivait par exemple: François: Franczois; leçon: leczon.

Plus tard, on plaça cette lettre diminuée de grandeur, au-dessus du C, puis au-dessous, et c'est là qu'elle est restée en prenant une forme particulière qui rappelle cependant un peu son origine.

101 coups de canon. Pourquoi 101 et non pas 100 coups de canon comme salve d'honneur?

S'il faut en croire une tradition germanique, ce serait à Augsbourg que, pour la première fois, une salve aurait été composée de 101 coups de canon. Pour recevoir l'empereur qui revenait d'une campagne heureuse, le Conseil de la ville décida qu'il serait tiré 100 coups de canon. Mais l'officier de service, n'étant pas bien sûr du nombre exact de décharges qui avaient été faites, en ajouta une par prudence. La ville voisine ne voulut naturellement pas paraître moins enthousiaste et elle tira également 101 coups. Ainsi s'établit la tradition.

Cravate. L'usage de s'entourer le cou d'une bande d'étoffe plus ou moins large est relativement récent dans nos pays. Il ne remonterait, paraît-il, qu'à l'année 1556, époque où il fut emprunté à un régiment de Croates au service de Louis XIV. De Croate on fit cravate.

Dessiller les yeux. - Cette expression est empruntée au langage de la fauconnerie.

Autrefois on écrivait plus correctement déciller. On cousait les paupières, ou les cils du faucon pour le dresser, et cette opération s'appelait: ciller le faucon.

Quand l'oiseau était dressé, on lui rendait la lumière en le « décillant », en coupant les fils qui tenaient les cils rapprochés. De là l'expression qui veut dire : montrer la lumière, la vérité.

Faire four. On sait qu'un certain nombre de pièces de théâtre ont cette destinée fâcheuse.

Autrefois, lorsque la salle était trop peu remplie, les comédiens renvoyaient la foule et éteignaient les lumières. Il faisait alors noir comme dans un four.

Gilet. Le nom du gilet vient de Gille, l'un des premiers paillasses qui parurent sur le théâtre de l'Hôtel de Bourgogne.

Il avait imaginé pour costume une longue veste sans manches que l'on trouvait alors fort drôle, et que plus tard, avec quelques modifications, on adopta sous le nom de gilet comme vêtement de dessous.
Faire grève. - Autrefois, à Paris, les ouvriers sans travail (notamment les ouvriers du bâtiment) se tenaient sur la place de Grève, aujourd'hui place de l'Hôtel de Ville, pour attendre que les patrons maîtres des artisans vinssent les embaucher.

Lorsque les conditions qui leur étaient faites ne leur convenaient pas, ils allaient se mettre en Grève (en place de Grève) jusqu'à ce qu'on leur en offrit de plus. De là l'expression qui s'étend de nos jours à toutes sortes de manifestations du même genre.

Landerneau : Cela fera du bruit dans Landerneau.

Landerneau est une petite ville du Finistère qui serait sans doute restée perdue dans les détails géographiques, si Alexandre Duval n'en avait fait le théâtre de sa comédie les Héritiers.

Un officier de marine, M. Kerlebon, a péri dans une tempête et sa mort a fait du bruit dans Landerneau. Les héritiers se réunissent dans le château. La plupart éprouvent une joie à peine dissimulée et se disputent d'avance sur le partage.

L'un des personnages, Allain, tient au courant de tout ce qui se passe les curieux habitants de Landerneau et, lorsqu'on apprend que le défunt n'est pas mort, il s'écrie: « Je ne dirai rien, mais cela fera du bruit dans Landerneau.

C'est pourquoi ce mot est usité depuis près d'un siècle, pour caractériser les nouvelles ou les événements peu importants qui occupent les habitants d'une petite ville.

Axborotne : Les trois fleurs de lis.

Les fleurs de lis qui se trouvent dans les armes de la Maison royale de France étaient, avant Charles V, en nombre indéterminé. Ce roi les réduisit à trois, en façon d'hommage, dit-on, à la sainte Trinité.
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Malotru. Ce mot vient du latin male astrum, qui signifie: né sous une mauvaise étoile.

Mettre les pouces. A Rome, quand les spectateurs d'un combat de lutteurs voyaient que l'un d'eux était sur le point de succomber, ils levaient leurs deux pouces et le combat cessait. D'autre part, le lutteur qui levait le pouce s'avouait vaincu. De là l'expression courante encore aujourd'hui.

Mendiants. Sait-on pourquoi l'on appelle mendiants, ou quatre mendiants, un dessert composé de raisins, figues, noisettes et amandes?

Parce que ces fruits secs rappellent les couleurs respectives des habits des quatre ordres de moines mendiants: les Frères prêcheurs, Mineurs, Carmes et Augustins.

Ministre. Ce nom signifie étymologiquement domestique, mais il fut, avec le temps, réservé aux serviteurs du Roi ou de l'Etat, à ceux que nous appelons aujourd'hui: ministres.
Passer une nuit blanche. Cette expression est restée des coutumes de la Chevalerie. Le futur chevalier, vêtu d'une robe blanche, passait en prières, dans une chapelle, la nuit qui précédait le jour de sa réception.

Rose trémière. La rose tremière est une sorte de grande mauve aux fleurs très belles qui fut rapportée en Occident à l'époque des = Croisades.

On la nomma transmarina rosa. C'est-à-dire « rose d'au delà des mers », d'où l'on a fait à la longue, par corruption, rose trémière.


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