Nouvelles des ports

aquarelle marine - marine watercolor

Rafiots et compagnies

aquarelle marine cargo au mouillage - marine watercolor cargo ship at anchor

Nouvelles des escales

aquarelle marine - marine watercolor


Nos pilleurs de basiliques connaitront la rigueur des lois

Plus on poursuit d'indiscrètes investigations dans cette affaire de statues fausses qui défraie la chronique scandaleuse — pourtant déjà passablement blasée — de notre époque, plus on est indigné du cynisme mercantile avec lequel des coquins de grande envergure s'ingéniaient à gruger les trop sensibles amoureux des vieilles pierres.

On a lancé le mot d'organisation !

On reste, en effet, confondu en constatant que le fonctionnement des services multiples, habilement coordonnés les uns aux autres, aboutissait entre les mêmes mains expertes à le diriger tout en sachant prudemmnent se dissimuler derrière celles d'obscurs comparses où de louches intermédiaires. Cette audacieuse bande de malfaiteurs qui rançonnait avec une si incomparable maëstria l'incommensurable crédulité humaine procédait avec discernement et méthode

Triple Organisation

Les opérations de ces industrieux trafiquants se divisaient en trois secteurs bien distincts :

1° Vols, substitutions ou frauduleuses acquisitions d'œuvres d'art ornant les vieilles églises de France.

2° Fabrication, reconstitution où « embellissement » de statues ou bas-reliefs.

3° Ecoulement des différentes marchandises, vente aux Musées du Louvre ou de New-York et aux riches collectionneurs, tout particulièrement recommandés.

Une firme aussi admirablement constituée ne méritait-elle pas de réussir au delà des plus fécondes prévisions ? Elle avait sur tous ses concurrents — véritablement bien rétrogrades — une supériorité écrasante. Elle pouvait, en effet, se vanter de fabriquer « au goût du client ». Un riche Américain — ou un conservateur de musée parisien — trouvait-il que véritablement les statues romanes étaient par trop défraichies, vite on lui en confectionnait une, sur mesures, avec ornements et patine garanties de l'époque. Lorsque, par aventure, nos modernes antiquaires se trouvaient en présence d'un connaisseur averti, ils ne se tenaient pas pour battus, croyez-le bien, ils faisaient alors choisir à l'amateur éclairé l'œuvre qu'il préférait sur le catalogue de nos richesses nationales tout simplement. Huit jours après, l'article était livré franco de port et d'emballage. N'était-ce pas — je vous le demande — du beau travail ? Or — vous ne l'ignorez sans doute pas — le législateur punit ce travail fructueux, mais bien particulier, de peines sévères.

Voleurs d'Eglise

Les biens de l'Eglise — biens d'État — ne peuvent être ni vendus, ni aliénés en aucune façon. Tout contrat dont ils pourraient être l'objet est atteint — ipso facto — de nullité absolue. La Vierge de Saint-Sauveur à été volée ou achetée à un curé trop crédule ou peut-être. trop peu scupuleux. Les aveux des intermédiaires sont formels.

Il reste à établir — et le Parquet de la Seine ne peut y faillir — quel est ce marchand inconnu pour le compte duquel des hommes mystérieux vêtus de grands manteaux, s'attardaient dans nos chapelles, le soir venu. Ce n'était assurément pas pour y prier. Ils la volaient gaiement cette France qu'ils abhorrent, ceux à qui nous accordons une si large et si imprudente hospitalité. Pour ces étrangers faussaires et pilleurs de basiliques, nous réclamons toute la rigueur des lois francaises. La pitié, à leur égard, serait une impardonnable faiblesse. Leur repaire découvert, et sans craindre le scandale, il faut les faire expier. Rien ne serait plus dangereux pour nous que leur impunité.

Ne tombons pas dans Scylla pour éviter Charibde...

Roger Boucard