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La Presse

le projet d'Amundsen

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Des radiotélégrammes expédiés d'Alaska annoncent .que le célèbre explorateur Roald Amundsen termine ses derniers préparatifs en vue de son audacieuse tentative de survoler le Pôle Nord en avion ; partant de Wainwright, à la pointe de Barrow, il compte atterrir au Spitzberg. Ayant conquis le Pôle Sud, ayant accompli l'exploit merveilleux qui lui vaut un impérissable renom et une gloire univerSelle, il pouvait, la cinquaintaine largement dépassée, suivre l'exemple que lui donna jadis son compatriote Nansen, qui, rentré de son expédition fameuse, ne quitta plus da Norvège. Mais Amundsen, semblable à Shackleton, son émule, ne veut pas connaitre le repos, et peut-être dans le secret de son âme, ambitionne-t-il de finir, lui aussi, dans les contrées sauvages et glacées dont il a fait son domaine.
« C'est un homme! écrivait Jean Charcot, cherchant à définir Amundsen, quand il vint à Paris en décembre 1912, à son retour du Pôle Sud et Charcot avouait me pouvoir trouver un autre mot. . C'est un homme, en effet, dont Jean Charcot a su tracer en quelques lignes un expressif portrait : « Grand, musclé sans exagération, mais sans un défaut, c'est un animal parfait, un outil merveilleux de la
nature, mais un outil doué d'un cerveau aussi équilibré que sa machine physique et tous les rouages parfaits de cette organisation complète travaillent d'accord, sans un accroc, sans un raté. »
Il en fallait pour réaliser le hardi projet et atteindre le but cherché avant lui, depuis des siècles, par tant d'explorateurs. On peut dire qu'Amundsen a vécu le plus beau rêve qu'un être énergique, opiniâtre, ambitieux et hardi, ait pu concevoir. Il restera fameux à l'égal des hérosde légende, pour avoir été le premier homme qui foula du pied le point précis du Pôle Sud où passe l'axe du monde. Il faut lire l'ouvrage dans lequel Roald Amudsen a consigné, au jour le jour, les péripéties de son terrible et magnifique voyage. — Au Püle Sud, paru chez Hachette, en 1912 — pour se faire une idée des souffrances subies, des périls bravés, des angoisses vécues par cet homme prodigieux.
Mais Amundsen dédaigne de s'y attarder, ils les signale sans insister ; parfois même il les laisse deviner plus qu'il ne les mentionne. Comme tient à le faire remarquer Nansen, dans l'introduction écrite pour le livre de son digne et vaillant disciple : « Il relate les résultats, sans mentionner les difficultés qu'ils ont coûtées ; la phrase garde toujours l'accent de la virilité : viril, en effet, a dû être le vainqueur. »
Notre Charcot, qui connaît bien ces régions, hostiles et meurtrières de l'Antarctique, puisqu'il y vécut des années de luttes et de privations — dont le souvenir, d’ailleurs, l'emplit de regret et de mélancolie — Charcot s'étonne des moyens employés par Amundsen pour atteindre son but : « Quelques bouts de bois liés ensemble pour faire des traineaux, d’autres formant des skis, des chiens, et c'est tout. »
Nansen, dans sa préface, ne mangue pas de le souligner avec un légitime orgueil pour son émule et pour son pays : « C'est le triomphe d'une volonté d'un homme au dessein immuable qui a poursuivi son but, à travers les glaces, les tempêtes de neige et la mort. Et cette victoire a été obtenue, non pas grâce au concours des grandes inventions modernes, mais à l'aide de moyens empruntés aux primitifs nomades, qui, il y a des milliers d'années, sillonnèrent les neiges de la Sibérie et de l'Europe septentrionale, et qui furent adaptés par une intelligence supérieure ; le génie de l'homme a été l‘artisan de cette conquête. »
On conçoit que la Norvège soit fière d'un Amundsen, comme l'Angleterre l’est, à juste titre, d’un Shackleton, et la France “d'un Jean Charcot.

Paul MATHIEX.


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