| L'Œuvre - 13 décembre 1925 |
Une mission chinoise vient étudier notre administration des finances
Le gouvernement de la République de Chine a constitué, sous la direction du général Lu-Yoh, une mission chargée de l'étude des finances dans les divers Etats d'Europe, aux Etats-Unis et au Japon. La mission, composée de sept hauts fonctionnaires, vient d'arriver à Paris.
- J'ai désiré commencer mon étude par Paris, me dit le jeune général Lu-Yoh, qui me fait l'honneur de me recevoir. Et je suis venu en France sur le D'Artagnan.
« Notre mission a déjà travaillé. Il y a fort à faire. Nous avons étudié le fonctionnement du service des douanes, l'administration centrale des finances. Nous allons visiter les services de la Banque de France dans ses rapports avec l'administration, la Cour des Comptes, etc.
- Vous venez en un moment difficile.
- Tous les pays ont connu à un moment de leur destin des difficultés pareilles. Mais la France est toujours un exemple, le meilleur.
| retour 13 décembre 1925 |
Le général Lu-Yoh parle gravement. Dans son visage immobile et régulier, seuls les yeux bougent. On l'imagine aisément en robe de soie. Fils du marécnal Lou-Yung-Siang, qui joua un rôle important dans la politique chinoise, le général Lu-Yoh se flatte d'être un ami sincère de la France et il me rappelle qu'il reçut, à Changhai, Pelletier Doisy, obligé à un atterrissage brusque par le capotement de son avion. Ce que le général n'ajoute pas, mais que Pelletier Doisy n'a pas oublié, c'est qu'il eut la générosité d'offrir à l'aviateur français un appareil Bréguet de sa division, grâce à quoi Pelletier Doisy put continuer sa route vers Pékin.
Mais je n'oublie pas non plus que ce diplomate, spécialiste des questions financières, où sa compétence est haute, est général. Je lui demande où en sont les événements dans son pays :
- Toujours la guerre, et la pire de toutes, la guerre civile !...
Le général sourit à ma question.
- Toujours, me répond-il. Mais ne vous y trompez pas. Mettez les choses à l'échelle et au point. N'oubliez pas que la Chine a environ 450 millions d'habitants.
« De loin, l'optique déforme les êtres et les choses. Vous imaginez un pays complètement divisé, désemparé, en butte à la guerre civile, la pire de toutes !
« Au fond, les partis en lutte sont d'accord sur le même objet: l'intérêt national. Le vainqueur sera celui qui aura le mieux répondu aux vœux de l'opinion publique chinoise, qui se manifeste ouvertement...
- Contre l'étranger?
- Encore une erreur occidentale, Affirmez-le hautement. Le contraire est la vérité. La Chine se mettant au pas de la civilisation moderne ne ferait que reprendre son rang dans la communauté internationale. «Aucune xénophobie». La Chine ne lutte que parce qu'en elle s'est réveillé le sentiment de sa dignité nationale.
Dans l'histoire de tous les pays, on retrouve cette heure psychologique de l'évolution. C'est cette heure que vit la Chine actuelle... »
HENRI SIMONI.






































































