| Le Petit Journal - 03 novembre 1926 |
Les salaires à la ferme. A la «louée» des travailleurs agricoles qui vient de se tenir à Châteauroux, on a offert jusqu'à 3.800 francs pour un premier valet de labour et 3.500 pour un maitre-berger. Le prix d'un vacher est monté à 2.500; celui d'une fille de ferme à 1.500.
Il va sans dire qu'à ces gages s'ajoutent le logement, la nourriture, le blanchissage, le raccommodage, etc. Or, j'ai conservé dans mes paperasses les prix de cette même foire aux valets de Châteauroux, en 1913. Les prix consentis aux premiers laboureurs. ne dépassaient pas 420 francs; ceux des maîtres-bergers, 260, ceux des vachers, 360, ceux des filles de ferme, 200. On signalait même cette année-là que l'offre dépassait considérablement la demande, et que nombre de domestiques agricoles des deux sexes n'avaient pas trouvé à se placer. Les fermiers estimaient, en général, ces tarifs excessifs, et préféraient prendre des journaliers plutôt que de traiter aux prix qui leur étaient demandés.
Ils sont obligés de consentir aujourd'hui des prix neuf ou dix fois plus élevés.
Et, maintenant, à l'inverse de ce qui se passait en ce temps-là, la demande abonde et l'offre se fait de plus en plus rare. C'est que, depuis lors, la guerre est venue, qui a décimé les populations des campagnes; c'est aussi que malgré les meilleures conditions de salaire, les paysans n'ont pas encore cessé de se laisser tenter par l'attrait des «villes tentaculaires»..
Mais, devant ces tarifs décuplés, comprenez-vous, citadins mes frères, pourquoi vous payez si cher à présent le lait, le beurre, les œufs et tous les produits de la terre?
Jean LECOQ.
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