| Le Petit Journal - 03 novembre 1926 |
APRES L'ATTENTAT DE BOLOGNE
Toute la famille de l'agresseur est arrêtée.
Tous les journaux non fascistes sont suspendus
Manifestations et bagarres
Bologne, 2 Nov. A 1 h. 30 du matin, la préfecture a fait connaître que l'auteur de l'attentat contre M. Mussolini a été identifié officiellement comme étant Anteo Zamboni, âgé d'environ 16 ans, fils de Mammolo Zamboni, imprimeur, résidant à Bologne. Anteo Zamboni, qui avait fait partie des organisations de la Jeunesse fasciste, s'en était éloigné depuis plus d'une année..
Son père, Mammolo qui, jadis, avait appartenu à des milieux anarchistes, ne déployait, depuis de nombreuses années, aucune activité subversive, apparemment du moins. La famille d'Anteo Zamboni a été tout entière arrêtée.
L'enquête se poursuivra pour déterminer les autres responsabilités qui, éventuellement, pourraient être découvertes.
Journaux mis à sac
Rome, 2 Nov.- L'Impero annonce que, malgré toutes les mesures de sûreté prises, un certain nombre de fascistes ont réussi à pénétrer dans les bureaux et dans l'imprimerie des journaux de l'opposition, le Mondo et la Voce Republicana, où ils causèrent de nombreux dégâts. La police parvint à les maîtriser.
Dix-sept journaux suspendus
Rome, 2 Nov. On annonce que 17 journaux appartenant aux partis de l'opposition ont été suspendus sur l'ordre des préfets.
Parmi ces journaux, on cite, à Turin la Stampa et le Corriere; à Milan : l’Avanti, l’Unitad, le Quarto Stato, Battaglia Sindicala et l'Ordino Nuovo; à Venise le Gazettino ; à Brescia le Cittadino; à Vérone : le Corriere del Mattino; à Rome : le Mondo, le Risorgimento, et la Voce Republicana.
Un député antifasciste abat un manifestant
Rome, 2 Nov. A la suite de l'attentat contre M. Mussolini, diverses manifestations contre les antifascistes ont en lieu dans quelques villes d'Italie; à Gênes, on déplore deux morts. A Cagliari, le député antifasciste Lussu a tué un fasciste qui, du balcon de son domicile, haranguait les manifestants. Le député Lussu a été arrêté.
M. Mussolini remercie M. Briand
En réponse au télégramme que le ministre des Affaires étrangères français avait adressé au chef du gouvernement italien, M. Mussolini a fait parvenir à M. Briand le télégramme suivant:
«Forli, 2 Nov. Vos aimables félicitations m'ont été particulièrement agréables. Je vous prie d'agréer mes meilleurs remerciements avec l'expression de ma vive sympathie. Mussolini.»
(En troisième page: Les incidents de Vintimille.)
Les incidents de Vintimille
Le gouvernement français fait ouvrir une enquête
[SUITE DE LA PREMIERE PAGE]
Une enquête est ouverte sur les regrettables incidents de Vintimille. Dès qu'il sera en possession des renseignements qu'il a demandés, le gouvernement donnera à l'ambassadeur de France à Rome les instructions nécessaires pour protester auprès de M. Mussolini, s'il y a lieu.
De nouvelles précisions (De notre correspondant particulier)
Nice, 2 Nov. Voici des précisions au sujet des incidents de Vintimille. Dès que les incidents déjà signalés se furent déroulés, on alla quérir le consul de France qui réside à Menton, pendant que le vice-consul Ansieu de Santi procédait aux enquêtes. A l'arrivée du consul de France, M. Armes, les autorités fascistes se rendirent auprès de lui et lui exprimèrent leurs regrets au sujet des incidents. Le représentant de la France eut la conviction que les incidents furent tout à fait fortuits; il recommanda à ses compatriotes, notamment aux fonctionnaires des divers services français des douanes, de la police et des chemins de fer de la gare internationale de Vintimille, le calme et assura que les mesures de rigueur dont ils étaient l'objet depuis trois semaines étaient dès maintenant atténuées dans la mesure du possible.
Il est exact qu'un fasciste a pu pénétrer dans le consulat en se disant de la police, qu'il avait rendez-vous avec le consul et qu'il s'est mis au balcon en criant : «A moi camarades, les Français nous défient!» La milice fasciste empêcha les camarades de se livrer à d'autres manifestations.
Le soir à 8 heures, une nouvelle manifestation se produisit ; les fascistes défilèrent à travers les rues de la ville en poussant des cris hostiles à la France; les autorités italiennes auraient dû prévoir et empêcher cette manifestation. Il y a lieu de noter que la grande majorité de la population de Vintimille réprouve ces manifestations. C'est en vertu d'une convention franco-italienne de 1879 que les gares des deux nations de Modane et Vintimille jouissent d'un privilège d'exterritorialité; à ce titre, les services français fonctionnent à Vintimille de même qu'à Modane.
Une haute personnalité politique italienne nous a déclaré ceci : «Les incidents de Vintimille ne se produisent pas à Modane; ils sont dus à ce que certaines feuilles imprimées à Nice en langue italienne, voire des feuilles françaises, ne cessent de vitupérer contre M. Mussolini et le gouvernement italien, essayant de dresser les Italiens les uns contre les autres. Pour assurer la tranquillité dans ce coin de frontière, il serait nécessaire de supprimer ces feuilles en langue italienne. Voilà ce qui est la cause de l'incident. »
A Beausoleil, des coups sont échangés entre Italiens et Français
Nice, 2 Nov. Malgré l'appel au calme des journaux français de la Côte d'Azur, l'incident de Vintimille a eu sa répercussion, ce matin à Beausoleil. De nombreux membres de l'Association des Anciens combattants français revenaient de déposer, au cimetière, une gerbe de fleurs à la mémoire de leurs camarades tombés au champ d'honneur, lorsqu'ils rencontrèrent un cortège d'Italiens, qui arboraient l'insigne fasciste et, précédés d'un drapeau, se rendaient également au cimetière. Malgré les efforts des dirigeants des anciens combattants, une collision se produisit et de nombreux coups furent échangés.
A Nice, les anciens combattants des deux nations fraternisent
Par contre, à Nice, où une grande manifestation patriotique se déroula au cimetière de Caucade, la flamme perpétuelle fut ravivée en présence de toutes les associations nées de la guerre, et aucun incident ne se produisit : les sociétés d'anciens combattants et prisonniers de guerre italiens assistèrent à cette cérémonie, fraternisant avec leurs anciens compagnons d'armes français.
Les fascistes désignent des otages en cas de nouvel attentat
Rome, 2 Nov. Les journaux annoncent qu'à Ferrare, le directoire de la Fédération provinciale présidée par M. Balbo, sous-secrétaire d'Etat à l'Economie, a établi une liste secrète de personnes dont la vie est liée à celle de M. Mussolini et sur lesquelles s'exerceraient des représailles en cas de nouvel attentat. D'autre part, le groupe socialiste de la ville a publié un manifeste dans lequel il déclare donner son adhésion au fascisme.
Des douaniers, à Gênes, tirent sur des fascistes et en tuent deux
Rome, 2 Nov. Selon les journaux, hier soir, à Gênes, deux groupes de fascistes ont tenté d'assaillir la maison d'un avocat, M. Rossi, socialiste, qui était gardée par des douaniers et des carabiniers. A un certain moment, les douaniers résistant à l'assaut des manifestants, ont tiré contre les fascistes, tuant deux d'entre eux. Un carabinier a été également tué dans la bagarre.
Au cours des manifestations qui ont eu lieu hier, les salles de rédaction des journaux Lavoro, de Gênes, et Gazettino, de Venise, ont été endommagées.
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