| L'Humanité - 27 octobre 1926 |
AUJOURD'HUI
Shanghai
point névralgique
Les nouvelles de Chine sont rares, obscures, tendancieuses. Comme toujours, les dépêches officielles françaises et anglaises ne laissent filtrer qu'une part de la vérité. En attendant les événements prochains, marquons le point pour aujourd'hui.
C'est autour de Shang-Hai que l'on signale les incidents les plus récents. Le prolétariat industriel de cette ville immense qui l'an dernier fut si cruellement fusillé par les policiers anglais, ne reste pas passif dans la lutte nationale actuelle. Il inquiète avec raison le général Sun-Chuan-Fang, le gouverneur de Shang-Haï, qui, on le sait, est ouvertement à la solde de l'impérialisme. Les forces de Sun et celles des polices japonaise, anglaise, française de Shang-Hai sont conjuguées pour contenir et réprimer par tous moyens la révolte toujours latente des ouvriers et des étudiants du grand port.
Reuter télégraphiait hier: «Les représentants des divers syndicats ouvriers de la ville chinoise, voisine des concessions étrangères, se sont enfuis. Leurs bureaux ont été fermés en raison de la loi martiale. Les autorités françaises ont placé des fils de fer barbelés. Les bolchevistes veulent propager les troubles à Shang-Hai.»
D'autre part, une autre agence annonçait que les troupes de Sun avaient fait échouer une tentative de soulèvement dans la ville, «cette tentative, affirme-t-on, aurait pu avoir les plus graves conséquences.» Elle était conduite par des troupes de l'armée cantonaise, qui s'étaient infiltrées, sans uniforme, dans la ville et s'étaient donné comme objectifs les postes de police, des P.T.T., d'incendie, voisins des concessions. étrangères. Il y eut bataille violente entre les Cantonais et les soldats de Sun. On coupa des lignes de chemins de fer, des lignes de tramways, des lignes téléphoniques et télégraphiques. Ainsi, les incidents se multiplient dans le Shang-Hai chinois. A cette phase de la guerre d'indépendance, c'est le point nerveux le plus sensible. Quelle est la politique de notre gouvernement dans cette conjoncture redoutable On n'en sait rien. C'est seulement lorsque le sang a coulé que le Quai d'Orsay daigne aviser le public de ce qui s'est passé. Encore le fait-il à sa façon ! Il y a là-bas dans tous les coins, des barils de poudre; ils ne peuvent manquer de sauter un jour ou l'autre. Et les divers impérialismes, le nôtre comme les autres, en approchent leurs allumettes et leurs torches.
Des navires de guerre de toutes nations remontent le Yang-Tse d'autres sont mouillés dans le port de Shang-Hai. Les polices contre-révolutionnaires et celles de l'impérialisme collaborent contre le mouvement d'indépendance. Il est fatal que les coups partiront tout seuls des deux côtés, et que l'on en profitera pour exercer des représailles, pour se livrer à de nouveaux massacres comme celui de Wan-Hsien. Notre gouvernement joue donc là avec le feu; il se rend solidaire de la contre-révolution il se rend solidaire des brutalités anglaises et japonaises. Sa part de responsabilité s'alourdit chaque jour. S'il obéissait à la volonté certaine des travailleurs français, il n'aurait là bas qu'une attitude: favoriser par tous moyens les Chinois qui entendent se libérer; retirer ses navires et ses troupes; éviter à tous prix les occasions de conflit.
Pendant ce temps, les journaux nous annoncent qu'au nord de la Chine. Tchang-Tso-Lin et les Japonais dont il est l'instrument se préparent fiévreusement à la grande guerre. Ecoutez M. Pierre Benoit dans le Journal: Les Japonais ont plus de 100.000 réservistes en Mandchourie et en Corée, La guerre! La guerre ! De quelque côté qu'on se tourne, on voit monter à l'horizon de Moukden sa rouge et menaçante au réole.»
Heureusement qu'à Genève, Paul-Boncour a réuni la sous-commission de la préparation à l'étude d'un désarmement éventuel qui pourrait bien se produire dans quelques centaines d'années.
Marcel CACHIN.
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