| L'Humanité - 27 octobre 1926 |
Le procès de Trèves recommence à Coblentz aujourd'hui
L'ÉTAT-MAJOR TENTERA EN VAIN DE SÉPARER LA CAUSE DES SOLDATS DE CELLE DU PROLÉTARIAT
C'est le communisme qui sera l'accusateur
Le procès de Trèves recommence aujourd'hui à Coblentz, comme par hasard au moment où le gouvernement fait poursuivre à Paris l'Humanité, la Caserne. et quelques uns de nos militants, pour insultes envers l'armée (l'armée, c'est-à- dire les états-majors bourgeois) et propagande antimilitariste.
Le motif officiel pour lequel le verdict du conseil de guerre de Trèves a été cassé, c'est que les témoins cités ont été entendus irrégulièrement par le deuxième conseil, qui, on s'en souvient, avait été reconstitué d'urgence le 02 octobre dernier, avec un colonel de cuirassiers de rechange, après l'effondrement tragi-comique du colonel Raoul au cours de la première séance. Ce motif, bien entendu, n'est qu'un prétexte, car en faisant recommencer à vingt-cinq jours d'intervalle, le même procès, le général Guillaumat et l'état-major de l'armée du Rhin ont en vue un but précis.
Le procès de Trèves a été raté
En effet, le procès de Trèves est, comme je l'ai dit au moment du conseil de guerre, un procès raté. Le haut commandement, lorsqu'il a fait délivrer d'urgence un ordre d'informer, après les arrestations des sergents Bouthonnet et Neige, du brigadier Aubertin, des soldats Hentgen, Hugonnet et Collin, et enfin de Rouffianges, le haut commandement avait en vue d'aller jusqu'au grand complot contre la sûreté de l'armée. Mais lorsqu'à la suite des premiers interrogatoires, et malgré le zèle, des inspecteurs de la sûreté venus spécialement de Paris pour suivre l'affaire, il dut renoncer à identifier le mystérieux Marcel, non plus qu'à trouver des. «complices» allemands - à la seule exception du communiste Eife arrêté le 1er septembre à Mayence, on dut se résigner à limiter le grand complot, au procès de la Caserne, ou plutôt à l'édition spéciale de la Caserne destinée à l'armée du Rhin et qui s'imprime clandestinement là-bas. car nos journaux sont en Rhénanie, tandis que par contre la propagande fasciste est encouragée et soutenue officiellement par les états-majors.
La "Caserne" de Rhénanie
organe des encasernés
L'édition rhénane de la Caserne qui circule dans l'armée du Rhin à des milliers d'exemplaires rencontre auprès des soldats un accueil, on peut le dire, enthousiaste.
La Caserne de Rhénanie, qui la renseigne, qui la diffuse ? Mais des centaines et des centaines de soldats et c'est bien ce qui met en fureur les galonnés impuissants. Qui la rédige? des communistes qui mettent sous les yeux des soldats qu'ils défendent, les mots d'ordre de classe du Parti, qui font appel à leur conscience de prolétaires, qui leur tracent leur DEVOIR de prolétaires-soldats et cela inquiète par-dessus tout les étals-majors qui savent quelle est l'efficacité de cette propagande.
Une nouvelle tactique de l'état-major Tout d'abord, n'écoutant que leur rage et leur haine, les états-majors ont poursuivi avec une même rigueur, puni eux- mêmes ou fait condamner par les conseils de guerre à des peines aussi lourdes tous ceux qui, civils ou soldats, étaient impliqués dans des affaires de propagande communiste. Mais les résultats ont été loin de donner les résultats qu'on escomptait. Punitions, condamnations n'ont servi qu'à renforcer notre propagande et à assurer à la Caserne un plus grand prestige auprès des soldats.
Mais au conseil de guerre de Trèves, un astucieux officier rapporteur a inauguré une tactique nouvelle. Il a essayé de séparer les inculpés militaires des inculpés, civils, les soldats des communistes. C'est ainsi qu'il obtint du moins énergique des inculpés, un chasseur du 17e B. C. P. nommé Mouren, qu'il prit, comme défenseur un officier désigné d'office. Le rôle de ce défenseur fut de présenter son client comme «un pauvre imbécile» au crâne bourré par les communiste «consentant à leur servir d'instrument pour leur propagande infâme» «risquant le conseil de guerre tandis que les chefs communistes se mettaient à l'abri», etc. Moyennant quoi, et quelques regrets supplémentaires manifestés par Mouren, qui promit en outre de redevenir un bon petit soldat, bien discipliné, bien sage, etc..., le conseil de guerre, tandis qu'il condamnait lourdement Rouffianges et les autres appliquait à Mouren une peine relativement légère - par comparaison - et avec sursis.
Les sergents Bouthonnet et Neige
se repentiront publiquement
Obtenir la condamnation par les soldats de la propagande communiste, les faire se repentir publiquement et ensuite exploiter auprès des soldats de tels exemples pour contrebattre l'influence des communistes, telle est la tactique adoptée par l'état-major de l'armée du Rhin telle est la raison du nouveau conseil de guerre de Coblentz.
Car le conseil de guerre de Coblentz espère bien enregistrer et exploiter deux défections celles des sergents Bouthionnet et Neige condamnés à Trèves à 3 ans et à 2 ans de prison. Tous deux — à la suite de quelles pressions — ont en effet accepté d'être défendus par des défenseurs militaires choisis par le général en chef.
Voilà la manœuvre: spéculer sur la faiblesse possible de quelques-uns des inculpés soldats plus ou moins déprimés. par la détention, leur laisser entrevoir un sursis, tâcher par tous les moyens d'obtenir d'eux une confession pleurnicharde de leurs «erreurs». Manœuvre, répétons-nous, manœuvre qui peut prendre avec des gens hésitants, mais pas avec des soldats ayant le sens de leurs responsabilités, le souci de leur dignité-sans parler de leurs véritables intérêts.
Mais les soldats restent avec nous Les soldats savent bien que seuls, nous pouvons prendre leur défense; que seuls nous pouvons obtenir qu'on fasse droit à leurs légitimes revendications. De tous les partis, le Parti communiste, avant-garde du prolétariat, est le seul qui ait tenu ses promesses vis-à-vis des encasernés, qui ne les ait ni dupés, ni trahis et qui accepte toutes les conséquences de sa collaboration avec eux. Le Parti communiste est le seul qui défende entièrement, sans restriction, la cause des soldats, parce que cette cause c'est la même que celle du prolétariat. L'anti-militarisme de notre Parti est un anti-militarisme agissant, ne se contentant pas de phrases creuses sur l'inanité des casernes, la sottise des galonnés, etc... mais descendant dans la Caserne, à côté des soldats, vivant leurs souffrances exprimant leur indignation, peinant avec mais aussi avivant en eux la flamme d'espérance leur faisant connaître et aimer notre Révolution. Le communisme à Coblentz sera encore l'ACCUSATEUR.
Marcel FOURRIER.
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