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L'Humanité - 31 octobre 1926

 


Le conflit entre producteurs de betteraves et fabricants de sucre

chez les paysans
LE CONFLIT
ENTRE PAYSANS-PRODUCTEURS DE BETTERAVES
ET FABRICANTS DE SUCRE

La question betteravière que nous avons étudiée il y a huit jours n'est pas encore résolue et ne le sera vraisemblablement pas par les voies habituelles aux économistes bourgeois.
En vue de conflits possibles Chéron institua des commission consultatives et M. Laurent, inspecteur général de l'agriculture établit la légitimité des revendications des agriculteurs. Mais les travaux des commissions restent lettre morte. Le 17 mars 1925, la Chambre vote la proposition Lesaché tendant à instituer un tribunal d'arbitrage pour fixer les prix en cas de désaccord. Mais les caïmans sénatoriaux montrent les dents à celte proposition qui rentre prudemment dans l'ombre.
Le principe en est cependant repris par le sénateur Donon; l'arbitrage sera-t-il obligatoire ? En cas de différend entre fabricants de sucre et cultivateurs, ces derniers ne seront-ils pas influencés par les sucreries, puissances financières organisées ?...
La seule solution, elle consisterait à procéder à la nationalisation de ce monopole de fait qu'est l'industrie sucrière. Plusieurs moissons mûriront avant que les pouvoirs publics prennent une telle mesure qui porterait atteinte aux droits sacrés et inaliénables de lá propriété capitaliste !
Examinons rapidement la situation qui est faite à ce dernier. Le petit producteur (il y en a encore !) passe généralement ses contrats de betteraves plusieurs mois avant la récolte. C'est le moment précis où le cours du sucre est le plus bas. Il est donc volé une première fois puisque automatiquement, les. cours se redressent quelque temps après les contrats ah !...
Lorsque l'arrachage des betteraves est terminé, le tambour de la commune fait connaître que tel « roi du sucre » accorde un ou deux jours fixes par semaine pour opérer les livraisons.

Le petit exploitant. distant de l'usine de 6 et parfois 10 kilomètres fait son chargement et sa livraison. Il est rare qu'il puisse en faire deux dans la même journée, aussi se voit-il contraint d'échelonner ses livraisons sur plusieurs semaines, et comme il doit accomplir en même temps des travaux urgents. labours, ensemencements les betteraves restent à la merci des premières gelées d'automne.

Pour les frais de transport et quelle que soit la distance à couvrir, le paysan touche une somptueuse rémunération : 3 fr. 50 par tonne. Le même taux qu'avant-guerre.
Mais il ne suffit pas de transporter les betteraves à l'usine, là une série d'opérations l'attendent qui ne sont en définitive qu'un système compliqué de vols systématiques.
On détermine le poids brut: le pesage est naturellement truqué. Puis c'est l'opération du déchet: c'est le vol le plus important. On établit le poids net: autre opération truquée et enfin, c'est la fameuse opération qui consiste à déterminer la densité; c'est en effet d'après la teneur en sucre que les betteraves sont payées au producteur. Mais le petit propriétaire ne possède aucun moyen de contrôle et doit accepter les yeux fermés la décision du réceptionnaire.

L'organisation des producteurs 

L'intervention des pouvoirs publics a échoué parce qu'ils ne disposaient pas de l'autorité nécessaire vis-à-vis des puissances d'argent. Les syndicats de producteurs sont dans la même situation puisqu'ils sont dirigés en majeure partie, ouvertement ou non, par сеs mêmes puissances d'argent. Que les paysans travailleurs abandonnent donc les vaines discussions devant la bascule truquée et songent sérieusement à s'organiser entre eux et à se joindre aux travailleurs des villes et aux exploités des champs. C'est en opposant aux forces s financières organisées une organisation supérieure qu'il sera possible de leur enlever les moyens de nuire, comme on arrache le crochet venimeux à la vipère. C'est la seule con- clusion que nous voulons tirer de cet exposé rapide et incomplet de la question belleravière.

J. DESNOS.

Une coopérative agricole
C'est l'Union des paysans travailleurs, organe d'échanges du Conseil paysan français. Nous reparlerons sous peu de cette intéressante création qui se propose de procurer à tous les travailleurs de la terre les produits nécessaires à leur existence et aux besoins de leur exploitation rurale, ainsi que les moyens de sélectionner leur production et de placer directement aux consommateurs travailleurs les produits ainsi réalisés. Là encore, l'idée de l'organisation économique des travailleurs fait son chemin.

 

 


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