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L'Humanité - 31 octobre 1926

 


La situation à Pékin. La popularité des armées cantonaises

LETTRE DE CANTON
La situation à Pékin et dans le camp des agents de l'impérialisme La popularité des armées cantonaises

Canton, octobre. Dans le nord, la situation du soi-disant gouvernement de Pékin, le seul que reconnaissent les puissances étrangères, a subi des modifications. Le cabinet a présenté sa démission pour la quatrième fois; mais les chefs militaires qui contrôlent ce soi-disant gouvernement, n'ont pris aucune décision en ce qui concerne le changement de gouvernement.
Certains groupes soi-disant politiques, bien qu'ils n'aient rien de ce qui peut être considéré comme tel, ont timidement suggéré de rétablir une sorte de gouvernement provisoire, comme il en existait un il y a un an, sous la présidence du maréchal Touan Tsi Joui.
Il est impossible de définir la politique que suit le soi-disant gouvernement de Pékin, dont la seule préoccupation est de trouver, au moyen d'émission de bons nationaux sans garanties, les fonds nécessaires pour faire la guerre civile et assurer une partie des dépenses adminis tratives.

Les difficultés financières
de Tchang Tso Lin

Si, maintenant, nous examinons les situations respectives des divers groupements dans le nord de la Chine, nous constatons que le parti de Fengtien, à la tête duquel se trouve le général Tchang Tso Lin, fit une émission de cent cinquante millions de dollars de papier-monnaie, qui ne vaut guère actuellement que de 20 à 25 % du dollar. Pour que cette valeur soit obtenue, les chefs militaires emploient les moyens de répression les plus sévères, arrêtent les commerçants et tous ceux qui refusent d'utiliser ce papier-monnaie.
La victoire que Tchang Tso Lin remporta il y a quelques mois sur les armées Kuominchun (armée nationale du Nord) et l'occupation des territoires contrôlés par celles-ci, n'améliorèrent pas une situation financière aussi obérée. Elle n'aboutit, au contraire, qu'à augmenter ses charges financières Les chefs militaires de Fengtien pouvaient espérer que le contrôle de Pékin par leurs soldats amènerait un changement favorable, mais, leurs prévisions basées sur le vote des surtaxes douanières ne se réalisèrent point, au moins jusqu'ici. Les dépenses militaires du parti de Fenglien sont énormes, étant donné qu'il doit maintenir sur pied de guerre plus de 300.000 hommes et donner une aide financière à ses alliés.
La situation du général Ou Pei Fou n'est guère brillante. Ses troupes ont été battues dans le centre de la Chine par les armées nationales-révolutionnaires de Canton. Lui-même s'est retiré vers le Nord. Il n'a encore reçu aucun secours de son allié, le général Tchang Tso Lin, chef, du partie de Fengtien.
Bien que tous ces faits soient authentiques, la presse étrangère paraissant en Chine ne se lasse pas d'annoncer le retour offensif de ce chef militaire en ayant soin d'indiquer toutes les chances de succès d'un pareil retour

Les armées cantonaises 
jouissent de la sympathie 
populaire

Le succès des armées nationale-révolutionnaires, lesquelles, après avoir occupé Ilankéou, poursuivent les forces de Ou Pei Fou jusque sur les bords de la frontière du Honan, la tenue admirable des soldats cantonais, l'attitude de leurs chefs, ont provoqué un mouvement d'opinion favorable parmi les populations provinciales. Même, les adversaires du nationalisme chinois sont obligés de reconnaître que l'armée nationale-révolutionnaire est vraiment la seule armée en Chine qui mérite un tel nom
Les opérations militaires de cette armée révèlent le grand sens que ses chefs ont de leurs fonctions et de leurs devoirs. Ils ont maintenu une stricte discipline parmi leurs hommes dont la conduite fut vrai- ment exemplaire. C'était la première fois que les populations des districts voyaient des soldats qui assuraient la tranquillité et l'ordre, payaient ce qu'ils achetaient et montraient des égards aux habitants. La sympathie des habitants et leur assistance furent acquises aux soldats des armées nationale-révolutionnaires.
Cette haute éducation militaire chez les officiers et les soldats de ces armées est en partie l'œuvre des organisations politiques et civiques accompagnant les armées Officiers et soldats national-révolutionnaires savent qu'ils combattent pour la réalisation d'un programme politique bien défini et pour le triomphe d'un idéal. Cette remarque n'échappa pas aux étrangers qui, lors de la bataille pour la prise de Ouchang par les forces cantonaises, et après l'occupation de cette ville par eux, furent les témoins oculaires de la conduite des soldats des armées nationale-révolutionnaires. Plusieurs d'entre eux envoyèrent des correspondances aux journaux anglais de Shanghaï qui les publia.

La grève et le boycottage anti-anglais 
Le gouvernement de Canton ne recevant aucune réponse à sa proposition d'institution d'une commission d'enquête-arbitrage, pour déterminer la responsabilité initiale dans les massacres des Chinois, le 23 juin 1925 sur le quai de Shakee (sur l'autre bord du canal qui sépare la concession de Shamèen de la Cité Chinoise),décida de régler par une action indépendante, les questions de grève et de boycottage anti-anglais. Ce règlement imposant de lourdes charges financières au gouvernement national-révolutionnaire, celui-ci décida d'imposer une taxe sur les importations et les exportations. Le produit de cette taxe sera perçu par l'administration des. douanes chinoises elle- même. Cette taxe est purement intérieure et ne doit soulever aucune objection de la part des puissances étrangères. Celles-ci protesteront-elles, suivant leur habitude diplomatique de ne permettre à la Chine aucune détermination sans leur approbation ? Une telle protestation ne ferait que mieux ressortir leur diplomatie hargneuse, car le désir publiquement avoué du gouvernement national-révolutionnaire est de supprimer le «likin» (douane intérieure), le montant de la nouvelle taxe étant assez élevé pour suppléer aux revenus du «likin». -

W. 

Nous devons noter que l'attitude de l'opinion chinoise n'a guère varié. La nouvelle que l'Angleterre envoyait des renforts navals en Chine a provoqué une grande indignation. Il est avéré que la politique anglaise devient de plus en plus impérialiste et les milieux bien informés ne cachent pas que la Chine, cette fois, est encore victime de l'aveuglement des puissances qui autorisent toute action indépendante de l'Angleterre en Chine. Les grévistes accepteront les mesures prises par le gouvernement national-révolutionnaire. Ils seront heureux d'employer leur activité à toute œuvre nationale, car leur désir est d'assurer la réalisation du programme politique tracé par lé Dr Sun Yat Sen.-

W.

Sun Chuan Fang fait fusiller 400 étudiants

Pékin, 30 octobre. (Humanité. On sait que Nantchang, la capitale du Kiangsi, actuellement aux mains des Cantonais, combattant dans cette région contre Sun Chuan Fang, passa à diverses reprises aux mains des deux parties en lutte.
Lors dune reprise de la ville par Sun, celui-ci fit fusiller quatre cents étudiants, sous le prétexte qu'ils coopéraient avec les armées cantonaises.
Le gouverneur de Shanghaï qui, dans cette dernière cité également, a inauguré une ère de répression féroce, espère par des mesures de terreur échapper aux conséquences de la défaite.

 

 


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