| L'Humanité - 27 octobre 1926 |
En faillite, les bourgeois fuient le suffrage universel
Nous avons dénoncé, dès qu'elle fut publiée, l'intention des radicaux du Nord d'obtenir du Parlement que les trois députés décédés de leur département ne soient pas remplacés. D'autres élections partielles étaient en vue dans la Nièvre et dans les Vosges. Or, voici que les représentants des Vosges prennent l'initiative de réclamer la suppression des élections partielles jusqu'au renouvellement général de 1928.
Ces messieurs invoquent, à l'appui de leur proposition : 1° que le mode de scrutin peut changer d'ici 1928; 2° qu'il est question de réduire le nombre des députés ; 3° qu'il faut éviter au pays toutes causes d'agitation; 4° que la suppression des élections partielles procurera «une petite économie «budgétaire».
Le dernier argument est si puéril qu'il n'y a pas lieu de le relever. Aux craintes exprimées de voir le pays «agité» il suffit a opposer que, dans trois mois, vont avoir lieu des élections sénatoriales. qui s'annoncent passionnées. et qu'on n'a point encore osé proposer de les supprimer. D'autre part, l'incertitude du régime électoral de la France, pas plus que les propositions de réduction du nombre des députés ne sont choses nouvelles la première, sous divers aspects, dure depuis une quinzaine d'années, et la seconde est un bobard aussi vieux que la suppression de ces sous-préfets qui, pour la plupart, demeurent vivants. Donc aucune ombre de raison pour justifier la suppression des élections partielles !
Pis! Cette suppression est, du point de vue «républicain», un véritable attentat contre le souverain, qui (assurent les professeurs de droit) est, dans ce pays... le peuple. Les citoyens du Nord, de la Nièvre, des Vosges ont droit à totalité des représentants que la loi leur impartit. Il n'appartient pas aux partis de consacrer l'amputation d'une représentation départementale, et si ce pays croyait encore à la démocratie, le Parlement qui oserait supprimer les élections partielles serait bientôt aux mains des émeutiers.
Au fond de cette affaire il y a d'ailleurs ceci : les partis bourgeois, qui ont fait faillite depuis 30 mois, craignent que les électeurs, abusés, ne marquent leur préférence pour les candidats du Bloc ouvrier. paysan. C'est pourquoi on les voit fuir le suffrage universel,
| retour 27 octobre 1926 |



