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Le Quotidien - 20 octobre 1926

 


Un manifeste pour le libre échange

Des hommes d'affaires et des banquiers
de tous pays lancent un manifeste pour le libre échange

Un groupe de banquiers, de commerçants, d'industriels, appartenant à la plupart des nations de l'Europe et aux Etats-Unis, vient de rédiger un manifeste qui sera rendu public aujourd'hui même et dont le journal L'Information a déjà donné hier un assez long passage.
Ces hommes d'affaires se plaignent de la gêne et du dommage causés aux échanges internationaux par la guerre des tarifs douaniers. Ils préconisent l'institution du libre échange entre tous les pays. Mais, en attendant que cet idéal puisse être réalisé, ils se contenteraient d'un modus vivendi cordial, excluant l'arbitraire et l'instabilité qui régissent aujourd'hui les rapports économiques des nations.

Voici quelques extraits de cet exposé:
Il est difficile: de voir, sans être effrayé, à quel point les barrières de tarifs, d'autorisations spéciales et d'interdictions établies depuis la guerre.ont géné le commerce international et l'ont empêché de suivre ses courants naturels.
A aucune époque, on n'a aussi dangereusement multiplié les obstacles, au commerce avec une aussi grande incompréhension des conséquences économiques qui en résultent.
La destruction de grandes unités politiques en Europe a porté un coup formidable au commerce international. Sur de vastes territoires dont les habitants autrefois échangeaient librement leurs produits, il a été établi de nombreuses frontières nouvelles, jalousement gardées par des murailles de tarifs ; d'anciens marchés ont disparu.

Les auteurs du manifeste ne sont pas les premiers à signaler ce mal, que l'on a pittoresquement dénommé la balkanisation de l'Europe.
Avant 1914, la production et les échanges se conformaient, dans une certaine mesure, aux conditions naturelles. Mais le nationalisme, exacerbé par la guerre, rompant avec cet état de choses, a créé une économie politique tout artificielle, animée d'un esprit belliqueux :

Derrière les murailles de tarifs, il a été établi de nouvelles industries locales sans bases économiques réelles, qui ne sauraient être maintenues en face de la concurrence qu'en élevant encore les tarifs.
Trop d'Elais poursuivent un idéal imaginaire d'intérêt national, ont compromis leur propre bien-être et perdu de vue les intérêts communs du monde en basant leurs relations commerciales sur l'hérésie économique qui consiste à regarder tout commerce comme une forme de la guerre.

Il ne peut y avoir de reconstitution de l'Europe que si tous les hommes politiques, dans tous les pays anciens ou nouveaux, se rendent compte que le commerce n'est pas une guerre, mais une série d'échanges, qu'en temps de paix nos voisins sont nos clients, et que leur prospérité est une condition de la nôtre. Mais, poursuit le manifeste, une réaction se dessine contre les dangereuses erreurs qu'il signale..

En quelques pays, des voix autorisées réclament la suppression totale des tarifs: d'autres proposent la conclusion d'accords commerciaux à long terme contenant toutes les clauses de traitement de la nation la plus favorisée. Certains Etats ont reconnu dans des traités récents la nécessité d'affranchir le commerce des restrictions qui pèsent sur lui: l'expérience apprend à d'autres que l'abolition des barrières qui les séparent est le remède le plus sûr à la stagnation actuelle.

Parmi les notabilités françaises qui souscrivent au document ci-dessus analysé, nous relevons les noms de MM. R.-P. Duchemin, président de la Confédération générale de la production française; Horace Finaly. directeur de la Banque de Paris et des Pays-Bas R. Læderich, régent de la Banque de France; de Peyerimhoff, président du comité central des Houillères de France, etc...

 

 


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