| Paris-Soir - 24 octobre 1926 |
LE PORTRAIT DU JOUR
Roland Dorgelès
Paris est un immense village. Avant la guerre, bien que nous y vivions tous deux, nous ne nous étions jamais rencontrés, Roland Dorgelès et moi.
Un jour, sur le front, le sergent Maurice Dalleré, qui devait être tué l'année suivante, présenta l'un à l'autre le caporal Roland Dorgelès et le caporal Gabriel Reuillard. Roland Dorgelès, tout heureux, courait sur une des routes d'Aix-Noulette ou de Neuville-Saint-Vaast, je ne sais plus exactement, après une voiture de compagnie, pour rendre son équipement. Appelé dans une unité d'aviation, à l'intérieur, il quittait le jour même la compagnie de mitrailleurs du 39° d'infanterie. La date de notre rencontre sur le front était donc une belle date pour Roland Dorgelès. Ce fut aussi, mais pour d'autres raisons, une belle date pour moi. Pendant que nous le regardions galoper tout suant, après la voiture qui filait, Maurice Dalleré me dit: «C'est un bougre qui a un sacré talent, sobre et profond. Il a pondu un bouquin sur la guerre dont nous entendrons parler, tu verras.» Pauvre Maurice Dalleré, nous n'en avons pas entendu parler, non, toi, du moins. Quand le tonnerre de Dieu a salué, comme il convenait, l'apparition des Croix de Bois, tu n'étais plus là pour jouir du succès triomphal de ce grand et beau livre, de ce livre humain. Pourtant, tu avais été bon critique et juste prophète.. Depuis... Depuis... Chaque livre de Roland Dorgelès marque une étape heureuse vers la gloire littéraire la plus justement méritée : Saint Magloire, Le Réveil des Morts, La Route Mandarine et Partir... Aujourd'hui, juste la discussion qui convient autour de ces œuvres. Mais tout le monde est d'accord, tout le monde reconnaît et salue, en Roland Dorgelès, l'un des jeunes maîtres de la génération actuelle. Noblesse des sentiments, justesse des idées, clarté de la forme, En pleine possession de, son talent, il est tout à fait au sommet, avec quelques rares écrivains aimés du public: Barbusse, Colette, Duhamel,. Mac Orlan, Vildrac, les Vildrac, les Tharaud, Werth...
Est-il vraiment bien nécessaire de dire toutes les raisons que l'on a d'aimer une œuvre de la qualité de celle-ci, je ne le crois pas. J'aime le talent de Roland Dorgelès. Et qui ne l'aime pas ?...
Gabriel REUILLARD.
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