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Paris-Soir - 24 octobre 1926

 


Parlons des femmes

Parlons des femmes

Dans son dernier livre, Ma Femme et son Amant, André Gybal soutient une thèse bien audacieuse et, avec beaucoup de talent, dit son fait à l'amour qui se traduit, quotidiennement, par des coups de revolver, du vitriol ou des suicides. Il stigmatise avec véhémence la pudibonderie truffée de tartufferie de notre temps et ce sentiment aussi absurde que monstrueux qui s'appelle la jalousie.
Tout cela est très bien. Mais Gybal prétend dire aussi quelques vérités bien tapées à nos douces compagnes telles que nous les a révélées la guerre et l'après-guerre. Et Gybal est terrible. Il manie le fouet avec vigueur et emportement. Qu'est-ce qu'elles prennent nos faibles sœurs !
Voyez plutôt. Depuis la guerre les femmes se divisent en deux grands groupes : les surfemelles, folles de leur corps, et les surmâles, folles du corps des autres. C'est clair. L'auteur ajoute que la femme a pris goût à la violence. La guerre lui a valu une âme nouvelle et pas très jolie. Durant toute cette guerre, elle a vécu en prenant la place de l'homme, aussi bien au bureau qu'à l'usine et s'est affirmée cyniquement jusqu'auboutiste. Depuis, elle n'a pas su se ressaisir. L'ange du foyer a disparu.
Il y a tout de même un peu de vrai, là-dedans. Je me souviens de ce que me confiait, lors d'une permission, mon ami Mayéras, alors député de la Seine. Au début des opérations, les femmes des mobilisés assiégeaient son domicile, réclamant leurs maris, se répandant en malédictions contre la guerre, injuriant les élus socialistes qui ne faisaient rien pour arrêter la catastrophe. Puis, les choses se tassèrent. Les femmes se mirent à tourner des obus. Et Mayéras, lui, se mit à réclamer la paix. Et il se produisit ceci : que les femmes, les mêmes, assiégèrent de nouveau son domicile. Seulement, cette fois, c'était pour protester violemment contre le misérable qui osait demander que cessassent les hostilités et prétendait ainsi les empêcher de vivre. Il n'était plus question du retour des maris, et Lysistrata s'installait joyeusement dans la guerre.
Après ça, Gybal nous offre une petite anticipation une version plutôt de l'avenir féminin. Toutes les femmes au travail. Peu à peu, elles adoptent le costume masculin, se négligent, et finissent par ressembler étrangement à leurs compagnons barbus. Bientôt, elles sont sales; le poil leur pousse au menton. On ne distingue plus entre les sexes. Et, un beau jour. les femmes-hommes, découvrant qu'il reste encore, dans le monde, quelques courtisanes demeurées femmes et sujettes de la volupté, massacrent ces dernières prêtresses d'Eros.
Le tableau n'est pas gai. Mais Gybal aurait dû le pousser plus loin. Il a eu tort de nous montrer toutes ces femmes désexuées, continuant à enfanter. Il n'a pas osé aller jusqu'au bout.
Je le prie de réfléchir à cette conclusion que je lui propose. Femmes et hommes confondus, ne se préoccupent plus du sexe. Lesbos et Sodome triomphent. Alors, comme la fonction crée l'organe, il arrive, lentement, très lentement, que les femmes récupèrent certains caractères dits virils qui leur manquaient jusque-là. Pendant ce temps, en vertu du même principe, les hommes glissent vers un hermaphrodisme qui, lentement aussi, très lentement, les conduit à adopter les attributs du sexe contraire.

Sens dessus dessous. La femme a la place de l'homme, et réciproquement. Et, du coup, les choses rentrent dans l'ordre. Mais Gybal, s'il a envisagé cette hypothèse, a dû reculer d'horreur devant la perspective d'une telle Révolution.


Victor MERIC.

 

 


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