| Le Quotidien - 20 octobre 1926 |
M. RAOUL BRANDON dénonce la spéculation sur les blés exotiques
Il demande des mesures énergiques contre les fauteurs de vie chère
M. Raoul Brandon, conseiller municipal du quartier de la Sorbonne, ayant posé récemment plusieurs questions au préfet de police au sujet de la spéculation sur les blés exotiques, nous avons tenu à lui demander quelques explications à ce sujet.
D'abord, nous dit M. Brandon, je vous déclare sans ambages que je considère la Bourse de Commerce comme un bonneteau, et comme un des principaux facteurs de la vie chère.
«J'ai signalé au préfet de police que, pendant le premier semestre de 1925, des courtiers assermentés ont revendu à la corbeille des contrats de blés exotiques.
«Or, c'est là une pratique illégale, car selon les règlements, en l'espèce parfaitement justes, il ne leur est permis de vendre que des marchandises existantes.
«Certaines de ces reventes, ont été faites plusieurs points au-dessus des cours, qu'elles ont ainsi contribué à pousser et à fausser, et plusieurs d'entre elles s'appliquaient même à des blés inexistants.
«Des cargaisons de blé ont ainsi été vendues plusieurs fois en cours de route, sans que les navires aient jamais touché un port français.
«Ces marchandises étaient revendues à la corbeille soit directement, soit par le moyen d'un contrat de ja London Corn Trade Association.
«Le préfet de police m'a répondu que toutes ces opérations ont été faites correctement, et que la revenie des contrats a reçu toute la publicité désirable.
«Je demande que l'on me fasse connaître où se trouvaient, au moment de la vente à la corbeille, les marchandises faisant l'objet de chaque contrat, ainsi que le nom du.navire qui les portait, et l'époque où il les a débarquées en France.
«Je demande également que le syndicat général de la Bourse de Commerce s'occupe désormais des reventes de contrats de blés exotiques, quoique le préfet m'assure qu'il n'a pas à s'en occuper.
«J'arrive de la campagne où j'ai parlé avec nombre de cultivateurs. Ceux qui ont vendu leur blé deux cents franes le quintal sont considérés par leurs voisins comme des poires, car des courtiers sont venus à domicile leur faire des suroffres de vingt et trente francs !
«Le paysan qui le peut garde donc son blé dans l'espoir de le vendre de plus en plus cher, et ce n'est pas en faisant appel à ses bons sentiments et à son patriotisme qu'on le fera changer d'idée.
«A cette situation il faut des remèdes énergiques, qu'un gouvernement digne de ce nom ne doit pas hésiter à prescrire..
«Ces remèdes, les voici :
«Il faut taxer le blé, et au besoin le réquisitionner; il faut supprimer les droits de douane pour les blés exotiques et défendre d'une manière absolue la revente des contrats.
«Il faut prendre à la gorge les spéculateurs. Sans quoi le pain va encore augmenter, et l'on sait ce que cela signifie. Les révolutions ont toujours commencé, en France, parce que le pain manquait ou qu'il était trop cher.
«Je suis d'avis que l'on fasse quelques exemples, si l'on ne veut pas que le peuple se fasse un jour justice lui-même, et je demande d'abord que les plaintes en cours soient suivies de sanctions, ce qui, hélas semble assez problématique.»
FRANÇOIS DUPAS.
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