| Paris-Soir - 24 octobre 1926 |
Le Salon du Franc
Si le critique pénètre au musée Galliéra, la critique, elle, devrait s'arrêter sur le seuil. Ainsi le veut du moins la courtoisie... Mais il n'est pas besoin de courtoisie. La qualité des œuvres exposées est la plupart du temps telle qu'elle dépasse l'éloge diplomatique. Par ailleurs, comment ne pas remercier les artistes étrangers, nos hôtes, qui, sensibles à notre culture - sans rien perdre de leur personnel tempérament tiennent à offrir à leur pays d'adoption ce tribut de leur attachement ? Et, enfin, comment ne pas rendre hommage aux organisateurs, MM. Maurice de Waleffe et Rolf de Maré qui non seulement conçurent ce projet généreux mais le réalisèrent avec un tel éclat ?
Les œuvres remarquables abondent. Le portrait d'Anatole France par Van Dongen qui, voici quelques années, fit couler tellement d'encre, a pris de la bouteille. C'est une de ces œuvres qui s'améliorent en vieillissant: comme quoi l'artiste, une fois de plus, avait raison contre ses détracteurs. L'art de Pascin est toute délicatesse et toute acuité; le charme en est unique et inimitable ; j'écris à dessein inimitable pour la bande des petits camarades maladroits qui s'efforcent à l'imiter. Foujita est le dessinateur précis et l'artiste précieux que l'on sait ; une femme charmante m'a reproché naguère de ne pas l'apprécier; elle n'avait retenu que les réserves que je fais sur le peintre, mais il y a l'artiste j'y insiste et à qui j'ai toujours rendu hommage. Per Krogh, lui, a l'œil peintre ; sa paysanne comptera certainement parmi ses œuvres les meilleures.
Mela Muter, portraitiste subtile et peintre d'âmes, expose une bonne Maternité. Marc Chagall, que ces dernières années consacrèrent, épris d'étrangeté, irrégulier, fantasque, ici comme partout où il se manifeste, ne saurait laisser indifférent. On a résumé non sans raison Juan Gris, le mathématicien de la peinture. Mme Halicka a du talent et M. Marcoussis de la notoriété. Et, comme toutes les tendances sont représentées, il convient de citer aussi l'envoi de M. Beltrán y Masses, qui aura bien du succès auprès des belles visiteuses, celui de l'Italien Chirico, ceux encore de Nils de Dardel et Walter Bondy... Quant au buste de Pasteur, par le sculpteur russe Aronson, tous les journaux en ont chanté la gloire et je mêlerai ma voix au chœur de tous les journaux.
Bref, ils sont cent quarante-deux, cent quarante-deux, qui se partagent les cimaises du musée Galliéra, cent quarante-deux venus de tous les coins de l'horizon comme de tous les coins de la peinture, cent quarante- deux qui ont offert une œuvre parmi leurs meilleures et que le public se doit d'enlever à de brillantes enchères !
Louis LEON-MARTIN.
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