| Le Petit Journal illustré - 24 octobre 1926 |
Coupé par un paquebot
Voici un de ces drames de la mer, rapide autant qu'effroyable, comme il s'en passe trop souvent sans qu'on songe à s'y arrêter.
L'Ursus, de la Compagnie Générale Transatlantique, avec son équipage de quinze hommes à son bord, rentrait dans le port du Havre, en pleine nuit, accompagnant le grand paquebot Paris, qui revenait d'Amérique. Le remorqueur gagna le bassin de marée où viennent mouiller les transatlantiques. Parvenu à l'entrée du bassin, il laissa approcher le colosse. Le moment était venu où les marins du paquebot devaient lui lancer les amarres. La première fut jetée, sans succès, ainsi que la seconde.
Que se passa-t-il alors? Le Paris, qui avançait à l'aveugle, ne pouvait voir le frêle esquif qui maintenant se trouvait par le travers devant sont étrave. Ce fut le choc. Le petit bâtiment craqua, coupé en deux; un tourbillon, un flot d'écume et il s'enfonça brusquement dans les eaux.
Aussitôt les vedettes, les barques du port se portèrent à toute vapeur et à force de rames sur les lieux de la catastrophe, tandis que retentissaient les lugubres appels des sirènes et que le Paris mettait ses chaloupes à l'eau.
Cinq hommes seulement furent sauvés, dont le capitaine et le novice. On commença à rechercher, dans la nuit, les dix autres membres de l'équipage.
Or, pendant que ce drame se déroulait, les passagers du Paris ne se doutaient de rien. Ils continuaient à dormir ou à préparer leurs bagages pour leur débarquement sur la terre de France, et, quand on y songe, il y a là quelque chose de poignant. C'est, en raccourci, l'image de l'existence quotidienne, dans les grandes villes comme dans les petites, où les uns rient, plaisantent et s'amusent, tandis que, tout près d'eux, sans qu'ils le soupçonnent, d'autres pleurent souffrent ou meurent.
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