| Le Quotidien - 20 octobre 1926 |
En Russie soviétique
le gouvernement va sévir
contre le banditisme
L'épidémie de brutalité et de violence qui sévit actuellement en Russie préoccupe de plus en plus le gouvernement des Soviets.
Tout récemment, le Conseil des commissaires du peuple a consacré une séance spéciale à cette question du «houliganstvo ».
Il s'agit, comme on sait, d'un phénomène particulier à la Russie: actes de violence et de banditisme non motivé, «désintéressé» pour ainsi dire, manifestations stupides d'une force brutale et désorientée, distraction sauvage d'une jeunesse dépourvue de principe moral.
Le mal croît en proportions et en gravité prenant le caractère d'une véritable épidémie sociale.
Au commencement, c'étaient des rixes dans les faubourgs, de mauvais tours joués aux passants, des «raids» bruyants de jeunes gens dans les quartiers tranquilles.
Maintenant, ce sont des attaques à main armée, des meurtres, des viols, des incendies, de petits «pogroms».
L'autorisation de la vente de la vodka, d'après le rapporteur du commissariat de l'Intérieur, a eu pour effet de multiplier les délits de ce genre. (On sait que la vente de l'alcool, interdite en Russie au début de la guerre, a été autorisée de nouveau il y a deux ans, par les Soviets, dans un intérêt fiscal.)
Les autres causes du mal ont été indiquées par M. Lounatcharsky, commissaire à l'Instruction publique, et M. Semachko, commissaire pour la santé publique : ce sont le bas niveau de la culture générale, le faible développement de l'éducation sociale, des organisations des jeunesses, etc.
Mais ce qui est très inquiétant, c'est que les organisations des jeunesses communistes sont elles-mêmes fortement contaminées. Au dernier congrès de ces organisations, M. Boukharine déclara que, de 25 à 30 % des membres de ces organisations «s'enivrent régulièrement». En ce moment, on peut dire que toute la Russie est soulevée par un crime horrible commis à Leningrad par une bande déchaînée de quarante jeunes gens, presque tous ouvriers. Quelques jours auparavant, un crime pareil fut commis à Kharkoff par dix ouvriers.
Nous nous refusons à en préciser le caractère et les détails.
Ces crimes ont provoqué un mouvement spontané de protestation dans toutes les usines de Leningrad. Les ouvriers ont organisé eux-mêmes des réunions qui ont voté des ordres du jour réclamant des mesures énergiques contre les bandits, allant même jusqu'à la peine de mort.
Or, parmi les quarante bandits de Leningrad, il y a cinq membres de jeunesses communistes.
D'après la Krasnaja Gazeta, on a enregistré en Russie, dans les premiers trois mois de l'année courante, 15.000 cas de «houliganstvo».
Le commissariat de l'Intérieur déclare qu'à Moscou, depuis un an, on a poursuivi devant la justice 4.824 bandits.
Le Conseil des commissaires du peuple a nommé une commission spéciale de 5 membres qui doit dans un délai très bref élaborer un projet de décret contre le «houliganstvo ».
En attendant, les ouvriers s'organisent eux-mêmes pour mettre fin aux exploits des bandits.
La Pravda, peu suspecte, constate que ce sont pour la plupart les ouvriers sans parti qui forment cette espèce de police volontaire et que, très souvent, ils sont obligés d'arrêter des membres des cellules communistes.
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