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Le Quotidien - 20 octobre 1926

 


Deux commissions pour lutter contre la vie chère

Deux commissions ont siégé pour lutter contre la vie chère
Elles condamnent la suroffre et les exportations abusives

M. Morain a, hier, présidé la commission d'action contre la vie chère. Y assistaient les représentants des principaux syndicats de l'habillement, de l'alimentation, des charbons, des négociants en vins de la région parisienne.
Le préfet de police pose la question rituelle: «Est-il possible de mettre un frein à la hausse des prix des objets de consommation courante ?» et il demande à chacun des membres des syndicats de faire bénéficier la commission des fruits de son expérience.
M. Poulet, représentant de la nouveauté, fait remarquer que, par suite de la hausse toujours croissante du gros, il arrive parfois qu'au détail, en ce qui concerne l'habillement, le linge, etc., on paie, les marchandises. à un cours plus bas que celui pratiqué, au même moment, chez les grossistes. Il ajoute que les fabricants ont tendance à restreindre la production pour maintenir les prix.
Le représentant de la Fédération de la chaussure expose que, dernièrement, des marchés importants de peaux ont été passés par des maisons françaises avec des Allemands. Si la commission des dérogations ne s'y oppose pas, de grosses quantités de peaux passeront donc à l'étranger, d'où il résultera de la hausse.
Le président de la Fédération des boissons nous apprend à son tour que les vins vont encore augmenter de prix. Il dit que la cause en est dans le déficit de la récolte. Mais M. Guichard assure qu'elle est due surtout à la concurrence créée par les gros acheteurs, qui vont faire leurs achats sur place.
M. Morain voudrait connaître la raison de la différence de prix, allant de 350 à 100 francs par 100 kilos, entre les pâtes alimentaires et les semoules dont elles sont faites.
M. Guichard indique que les services de la préfecture ont constaté des augmentations abusives sur l'anthracite, le coke, la chaussure, les vêtements.
A ce propos, on signale au préfet la quantité anormale de soi-disant soldeurs étrangers qui font le commerce des vêtements à des cours sensiblement supérieurs à ceux des magasins de détail parisiens, et M. Guichard reconnaît que leurs noms ne sont certainement pas d'origine bretonne.
M. Lavayssé voudrait que, au- dessus d'un bénéfice de 50 0/0 réalisé, il fût demandé des explications au vendeur.
Le président des charbonniers en gros demande que, quand les prix pratiqués sont abusifs, les noms des commerçants soient affichés, et il assure que la chambre syndicale interviendra dans ce sens auprès de ses adhérents.
M. Lavayssé fait remarquer aussi que certains marchands de charbon ne donnent pas le poids, et tout le monde tombe d'accord pour demander qu'un arrêté soit pris pour obliger à facturer le poids et le prix de la marchandise vendue.
M. Morain va soumettre le cas au contentieux de la Préfecture de police.
Il pose ensuite cette question : 
«L'approvisionnement en pommes de terre de Paris est-il assuré pour l'hiver?»
Il parait que, malgré la sécheresse, grâce aux tubercules belges et à ceux de la Sarre, Paris ne manquera pas de pommes de terre.
On effleure ainsi différents sujets. Partout, on constate que les augmentations proviennent des suroffres et de l'exportation.
M. Morain est d'avis que le beurre, le fromage, la viande, le cuir, et, en général, tout ce qui est indispensable à la consommation française, soit réservé à la France.
Enfin, la commission décide d'établir hebdomadairement une liste des prix des principales denrées alimentaires, pour permettre aux ménagères de mettre à l'index les commerçants qui n'auront pas suivi les fluctuations régulières des mercuriales.
M. Morain exhorte tous les assistants à faire tous leurs efforts pour établir la vérité et convoque la commission pour mercredi 27 courant. afin d'étudier la question de la viande.

J. D.

Alfred Morain préfet de police

 


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