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Nouvelles des escales

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Paris-Soir - 17 octobre 1926

 


Loups et chiens

DU POINT DE VUE DE SIRIUS
Les loups et les chiens

Pour quiconque veut s'efforcer de saisir la signification profonde de notre époque de mercantilisme et d'atroce lutte pour la vie, je pense que rien n'est plus aisé. Il n'y a qu'à se pencher, avec un peu d'attention, sur la rubrique des petits faits divers de nos journaux. C'est une lecture des plus édifiantes.
Rien que dans une journée, je découvre: 1° Une dame dont on a brutalement arraché le sac à main, contenant deux ou trois mille francs- papier; 2° Un monsieur absent, qui a retrouvé sa maison cambriolée, ses tiroirs défoncés et ses économies envolées ; 3° Un gros marchand des Halles qui constate que son portefeuille contenant vingt-cinq mille francs, a passé dans la poche d'un autre ; 4° Une vitrine de grand magasin qui est crevée d'un coup de pierre. Dix mille francs de bas de soie s'envolent; 5° Une vieille dame, retour du dancing en galante compagnie, qui est dépouillée de ses bijoux.
Je ne prends que les faits les plus essentiels. Je néglige les menus larcins, les médiocres escroqueries, les chèques sans provision, etc... Mais, il me semble que, pour une journée, c'est plus que suffisant. Et rien n'est aussi caractéristique des mœurs et des méthodes de notre temps.
Ainsi, il apparaît, aux yeux de l'observateur que le troupeau social comprend deux puissantes catégories d'individus : ceux qui détiennent l'argent; ceux qui s'en emparent. Evidemment, les premiers ont commencé, par mille moyens plus ou moins légaux, à le prendre aux autres. Mais, du moment qu'ils n'ont pas mis la justice dans leurs affaires, l'argent qu'ils ont est bien à eux. C'est leur propriété sacrée. Les seconds, au contraire, usent de procédés que la loi réprouve et châtie. Ils ne se préoccupent pas assez des apparences. L'argent qu'ils obtiennent est le produit du vol.
Les uns sont tout simplement des voleurs, les autres, des gens fort honorables.
Pour défendre ces derniers, leurs biens et propriétés, on a créé des légions de policiers, de juges, de guichetiers.
Cependant, parmi les masses humaines, il n'y a pas que les braves types qu'on décore et les voleurs qu'on jette en prison. Il y a aussi les foules qui se laissent tondre bénévolement et que leur haute conscience met à l'abri des tentations; les cohortes d'honnêtes gens et de braves travailleurs qu'on récompense par de maigres salaires et de lourds impôts. Ceux-là sont comme le chien de la fable. Moins gras, certes, moins dodus, mais ils ont, tout de même, leur écuelle.
Les loups, eux, ne veulent pas de la pâtée compliquée du collier. Ils préfèrent courir. «Attachés!» disent-ils avec mépris. Mais, un beau jour, ayant trop présumé de leur force et de leur habileté, ils tombent dans le piège que leur tendent les chiens de garde. Et les voilà enchaînés. Leur sort n'est guère plus enviable que celui des chiens domestiqués, asservis et bienheureux.
La société, en vérité, est divisée en chiens soumis et en loups féroces. Aux premiers, la quiétude dans le labeur. Aux autres, la paresse dans les risques. Et, par-dessus tout, une minorité de loups autrement redoutables. Ceux qui, tel Guillot, s'improvisent les bergers du troupeau.

Victor MERIC.

 


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