| Le Matin - 17 octobre 1926 |
Un détective belge disserte sur le cambriolage
du musée de Chantilly
Il estime qu'il fut commis non par des "as", mais
par des cambrioleurs régionaux
Les individus qui ont pillé les vitrines de la salle des Gemmes et enlevé pour des millions de joyaux et d'objets d'art sont-ils de vulgaires «pégriots», ou des «as» de l'«emploi», voire des voleurs internationaux? On sait que l'une et l'autre hypothèses ont gardé de chauds partisans, et nous avons exposé les arguments sur lesquels ceux-ci étayaient leur manière de voir respective.
Un habile policier belge, M. Goddefroy, détective du «Diamant Club» de Belgique, nous fait part de son opinion à ce sujet, dans une lettre dont nous extrayons les intéressants passages suivants:
«Ce serait, à mon avis, une erreur de s'imaginer que le cambriolage de Chantilly est du «travail» fait par des «as ». En effet, rien qu'en jetant un coup d'œil sur la photographie qu'a publiée le Matin, on constate que le mur extérieur de la tour du Trésor présente une série d'aspérités concentriques. Aucun cambrioleur ou voleur international ne serait allé chercher une échelle. de six mètres de long pour monter jusqu'au premier étage de la tour, alors que ces ornements de la construction lui tenaient lieu d'une véritable échelle pour son escalade..
» Donc, ou bien le «coup» des échelles retrouvées sur place jest un «chiqué» destiné à dérouter les enquêteurs, ou bien les auteurs du vol sont de petits cambrioleurs régionaux. Et cette dernière hypothèse me paraît d'autant plus plausible que les malfaiteurs connaissaient parfaitement les lieux et savaient même où trouver une échelle de six mètres..
» En général, des malfaiteurs internationaux se seraient laissé enfermer dans le château même lors de la ferineture. La façon dont les vitres des vitrines ont été brisées prouve au surplus que les cambrioleurs du trésor de Chantilly ne se gênèrent pas le moins du monde et que ou bien ils savaient pouvoir opérer en toute sûreté, ou bien ils ne se rendaient pas compte du danger, et alors ce ne pouvaient être des «as». Des internationaux n'auraient pas cassé les vitres. Afin d'éviter de faire du bruit, ils auraient découpé celles-ci ou fait sauter, les serrures.
» D'autre part, c'est une erreur de croire que le diamant rose ne pourrait être coupé qu'à Amsterdam. Le centre diamantaire d'Anvers est bien plus important que celui d'Amsterdam et on y trouve des spécialistes d'une grande force: Cela est tellement vrai que l'industrie diamantaire d'Amsterdam utilise beaucoup d'ouvriers belges.
» Malgré l'avis de certains joailliers de Paris, soyez persuadés que si le Grand Condé n’est pas retrouvé, il sera coupé. Les morceaux seront retaillés et passeront en fraude en Amérique. Il est également certain que la pierre passera par Anvers avant d'aller en Angleterre.»
La police française réussira-t-elle à retrouver les voleurs et leur butin avant que celui-ci ait été «maquillé» de façon irréparable? A la Sûreté générale et à la 1ère brigade mobile, on ne semble nullement désespérer d'une heureuse et prochaine solution de cette mystérieuse affaire. Une piste que l'on considère comme des plus sérieuses serait actuellement suivie.
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