| L'Œuvre - 17 octobre 1926 |
De la Loire à l'Hudson
Il ne s'agit pas de prendre la défense des Américains qui ont acheté dans la Sarthe le château de Courcelles, construit par Mansard, et qui le font démolir, pierre à pierre, pour le reconstruire dans l'Ohio ou le Connecticut.
Imaginent-ils donc que la vieille demeure ne sera pas dépaysée sous un autre ciel ? Espèrent-ils qu'elle va retrouver sa patine, et doucement s'harmoniser avec un paysage inconnu ? Ce serait trop facile! Il en est de nos monuments comme de nos arbres et de nos jardins, ils font partie de cet ensemble exquis: la France.
La façon de faire des Américains nous scandalise, leur sans-gêne nous choque et nous avons la même impression que si un invité, venu chez nous, emportait nos souvenirs de famille.
Mais il faut être juste envers tout le monde, ils ne font que suivre le déplorable exemple que nous leur avons donné. Car nous aussi nous avons cru qu'il suffisait d'apporter sur la place de la Concorde l'Obélisque de Louqsor !
Je n'ai pas eu l'occasion de visiter l'Egypte; mais les Pyramides et le Sphinx sont à leur place et, si on les transportait au Champ de Mars ou à Hyde-Park, ils perdraient toute leur grandeur et tout leur caractère.
On supprimerait le ridicule obélisque que cela n'en vaudrait que mieux.
L'ennui, le gros ennui, c'est d'être pauvre. Les vieilles familles ne peuvent plus conserver grand' chose de leurs anciens domaines. Les étrangers avec leur change heureux sont des tentateurs, les achètent et ils paient; quand ils ont payé, ils sont les maîtres.
Mais quelle gueule, sauf votre respect, peut bien avoir un château tourangeau. sur le bord du Mississipi et une vieille maison de Vendôme, au perron de laquelle s'accrochent des roses, au milieu des gratte-ciel
D.
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