| Paris-Soir - 17 octobre 1926 |
LES LIVRES LUS
Anecdotiques, par GUILLAUME APOLLINAIRE (Stock).
Près de trois cents pages combles d'anecdotes littéraires, artistiques, politiques, économiques, humoristiques et culinaires, tel est ce livre, où nous retrouvons l'exquis Guillaume, journaliste et poète, un des esprits les plus séduisants et les plus curieux du temps. Qu'on ne s'imagine pas, d'ailleurs, trouver dans ce volume posthume le monde à l'envers. Nul n'a plus d'équilibre pour conter qu'Apollinaire, plus de cœur aussi. C'était un tendre dont les excentricités n'étaient qu'une pudeur, pour déconcerter les indiscrets et les sots. Il est dommage qu'une table analytique ne fasse point suite au livre, aidant à classer les anecdotes, puisque l'ordre adopté est purement chronologique. Un article sur le douanier Rousseau voisine avec un article sur Verlaine, sur le Mauvais Langage Corrigé, sur le prince régent de Bavière. On eût aimé à trouver tout au moins une table des noms propres : cela eût fait une belle galerie contemporaine. La dernière partie du livre, écrite pendant la guerre, aux armées, abonde en saillies, en notations héroïques, toujours brèves et sans «chiqué». Parmi les meilleurs mots de la guerre, citons celui- ci, excellent quoique un peu cru: «Un grincheux s'indignait devant le docteur FI. de ce qu'une jeune femme était venue voir son amant jusque dans la zone de l'avant. Quel mal y a-t-il, observa le docteur à ce qu'une femme se fasse baiser sur le front ? »
LES ACADEMISARDS.
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