| Le Matin - 07 octobre 1926 |
LA GREVE NOIRE ANGLAISE
Un ultimatum de M.Baldwin à la fédération des mineurs
Les offres du gouvernement seront retirées si elles ne sont pas acceptées aujourd'hui
LONDRES, 6 octobre. Téléph. Matin. Cing mille hommes de plus travaillent aujourd'hui dans les charbonnages du Royaume-Uni, soit une augmentation de 20.000 en quarante-huit heures.
Tous les résultats du vote des grévistes sur les propositions de règlement mises en avant par M. Baldwin ne sont pas encore connus, mais il est certain que la grande majorité des hommes s'est prononcée contre l'acceptation.
L'anomalie entre les reprises de travail de plus en plus nombreuses et le rejet des offres du gouvernement est expliquée de la façon suivante dans les milieux compétents : On sait que les votes ont lieu à réunions locales. Or, il apparaît que les mineurs ayant réintégré les charbonnages n'ont pas eu le loisir d'assister à ces meetings, et que même, s'ils en avaient exprimé le désir, ils n'auraient sans doute pas été autorisés à faire connaître leur opinion parce qu'ils sont considérés comme des «jaunes» par leurs camarades encore en grève.
On ne connaîtrait donc que les vues des extrémistes, et ce sont celles-là qui seront étudiées demain par la conférence des délégués de tous les charbonnages.
En prévision de cette réunion, le comité exécutif de la Fédération minière a tenu aujourd'hui une longue réunion.
Le gouvernement a envoyé ce soir à la fédération des mineurs un ultimatum lui annonçant que si elle n'acceptait pas demain, à la conférence des délégués, les propositions de règlement de M. Baldwin, à savoir une reprise immédiate du travail et l'établissement d'un tribunal d'arbitrage, ces offres seront aussitôt retirées. La lettre qu porte la signature de sir Ronald Waterhouse, chef de cabinet, est adressée à M. Cook secrétaire des mineurs. Elle dit notamment :
Nous attendions une réponse à notre offre conditionnelle à la suite de la conférence tenue par vos délégués le 30 septembre dernier, et le gouvernement ne consentit qu'à regret à étendre le délai fixé pour vous permettre de consulter les organisations locales. Dans ces circonstances, je suis chargé de vous annoncer que le gouvernement ne peut pas consentir à une nouvelle prolongation de l'offre qui a été faite à votre fédération il y a près de trois semaines, et je dois insister pour que la conférence de demain arrive à une décision définitive dans un sens ou dans l'autre. Si les conditions sont acceptées par la fédération des mineurs, et si une reprise générale du travail a lieu aussitôt, ainsi le stipulent ces conditions, le gouvernement fera voter le plus tôt possible les mesures législatives nécessaires; autrement, l'offre sera retirée.
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