Nouvelles des ports

aquarelle marine - marine watercolor

Rafiots et compagnies

aquarelle marine cargo au mouillage - marine watercolor cargo ship at anchor

Nouvelles des escales

aquarelle marine - marine watercolor

 


Le Matin - 07 octobre 1926

 


Les époux Bouët, instituteurs mutés, refusent de partir

Deux instituteurs communistes déplacés par leurs chefs refusent de partir et ont la prétention de s'imposer à une commune de Maine-et-Loire qui réclame leur départ après avoir dénoncé leur propagande soviétique 

L'enquête du "Matin " à l'inspection académique et à Lézigné :
à la mairie, à la cure à l'école
 

[DE NOTRE ENVOYÉ SPÉCIAL] ANGERS, 6 octobre. C'est un épisode captivant et significatif de la résistance de nos campagnes à l'intrusion du communisme et c'est aussi une affaire dont les «dessous», dit- on, pourraient bien s'étaler un jour prochain à la tribune du Parlement, que cette histoire des instituteurs communistes de Lézigné qui a déjà fait l'objet d'un procès retentissant et met aux prises, depuis plus d'un an, les époux Bouët, propagandistes avoués de Moscou et tout un village, maire et curé en tête, ainsi que les autorités de l'inspection académique et de la préfecture de Maine-et-Loire. Révoqués pour syndicalisme, et certains affirment pour insubordination et propos tenus à l'occasion d'une inauguration de monument aux morts, les époux Bouët, qui avaient vu rejeter par le ministère leur demande de réintégration, bénéficièrent de l'amnistie administrative qui suivit le «11 mai» et obtinrent aussitôt le poste double de Lézigné où ils s'installèrent, en février 1925, dans la mairie-école du plus paisible et riant des villages angevins.

Peu après, à la suite d'une tentative, de leur part, d'enseignement mixte et de propos rapportés par leurs élèves et qui avaient motivé des pétitions des pères de famille et des mutilés, ils entrèrent en guerre ouverte avec la municipalité, dont la démission suivie de la réélection ne réussit pas à provoquer leur déplacement et engagèrent avec l'abbé Briand, curé de la paroisse, une lutte épique qui devait porter l'affaire en justice.
C'est ainsi que devant le tribunal correctionnel de Baugé, puis devant la cour d'appel d'Angers, les époux Bouët tentèrent de faire condamner l'abbé Briand pour «diffamation» et ne réussirent, après un inénarrable défilé de témoins, pour la plupart âgés de 5 à 14 ans, qu'à se faire condamner aux dépens...
Le jugement de la cour d'appel constituait, selon l'expression du préfet de Maine-et-Loire, M. Mathieu, une "véritable condamnation morale pour les deux maîtres. Y étaient relevés des témoignages sous la foi du serment suivant lesquels ils avaient dit en classe que «les enfants pouvaient agir indépendamment de leurs parents et ne pas avoir les mêmes idées qu'eux»; que «les médailles militaires les croix de guerre ne sont que des hochets d'enfants et que la plupart de ceux qui les portaient ne les avaient pas méritées»; «qu'à la caserne il n'y a que des voyous»; et que «ceux qui se font tuer, c'est par orgueil», etc., etc.

Après enquêtes administratives, avertissements sévères et menaces de révocation une proposition de révocation, signée par le préfet, l'inspecteur d'académie partit même pour le ministère les choses restant en l'état et les vacances étant enfin venues, les époux Bouët reçurent leur déplacement d'office. Ils le refusèrent et, après avoir publié dans des bulletins syndicalistes des articles où leurs chefs, en particulier, l'administration et la justice françaises en général, n'étaient point ménagés, ils résolurent de «tenir». C'est dans ces conditions qu'au 1er octobre dernier, ils firent la «rentrée» dans leur école d'ailleurs quasi-déserte et dont les élèves étaient allés en grande partie grossir les effectifs de l'école libre voisine.

A l'inspection académique 

Qu'allait faire l'administration? Voilà vingt mois, nous a dit M. Signoret, inspecteur d'académie, à son cabinet d'Angers, vingt mois que je suis empoisonné littéralement par cette affaire! J'ai tout fait pour l'arranger d'abord, la résoudre ensuite: enquêtes, rapports, déplacements, le dernier, à Paris, pendant mes vacances... Je n'avais plus, moi, que la ressource de prononcer le déplacement d'office !...
— Mais Bourg-l'Evêque, où vous nommez les Bouët, n'en veut pas et leur préparerait, assure-t-on, un accueil plus que froid...
— Je m'en doute, mais je n'ai pas d'autre poste double vacant.
— Et la proposition de révocation, que vous et le préfet avez adressée à Paris
— Vous comprendrez ma discrétion... Mais, monsieur, quelle tristesse, pour le défenseur de l'école laïque que je suis, d'être l'objet de ces injurieuses attaques... Je viens de ramener à l'école laïque 900 pupilles de la nation et l'on m'accuse, dans certaines feuilles, de défavoriser un enseignement auquel j'ai consacré toute ma carrière !...
— Les enquêtes administratives avaient-elles, du moins, établi que la neutralité scolaire ne fut pas respectée par les maîtres de Lézigné ?
— ...Il y a aussi un jugement, des témoignages formels en justice, la décision de la cour d'appel que les époux Bouët n'ont pas cru devoir contester en Cassation !
— ... Encore une question, monsieur I'inspecteur d'académie: Qu'allez vous faire ?
— Nommer les remplaçants, et si l'on résiste, nous verrons alors... D'ailleurs, le corps enseignant de mon département est navré de cette histoire. Sur nos 1.000 instituteurs, une trentaine seulement font partie de la Fédération des syndicats de l'enseignement laïque, dont se réclament les Bouët, et combien, parmi ces trente, connaissent-ils exactement l'affaire ?…

A Lézigné

Le maire de Lézigné, M. Pouplard, qui nous montre la croix de guerre accrochée à une photographie de «poilu», encadrée de noir, sur la cheminée; 
— Mon fils est mort à la guerre monsieur. Et il s'est trouvé, dans ma commune, dans le local même de ma mairie, les Bouët pour insulter mon enfant et tous ceux qui, comme lui, se sont sacrifiés à la patrie !... Eh bien, nous ne voulons pas que les fils et les filles de nos morts soient ainsi «enseignés» dans notre école, qui abrita toujours des maîtres irréprochables !
M. Pouplard nous fait le récit détaillé des incidents, précise les témoignages, cite les propos incriminés ceux-là mêmes que le tribunal a retenus et nous conte les péripéties de la campagne électorale à laquelle participèrent les époux Bouët à la suite de la démission de la municipalité.
— Il y a eu pétitions sur pétitions à l'administration... Aujourd'hui, nous sommés unanimes au conseil municipal pour demander qu'on en finisse, qu'on en finisse! Notre école est quasi vide! L'école laïque est en péril ici! Oui, il faut qu'on en finisse !
Un conseiller municipal, qui s'intéresse particulièrement aux questions scolaires, M. Cureau, nous confirme les faits que nous a cités le maire :
— Personne n'en veut plus de ces maîtres-là, nous dit-il avec son accent du terroir que l'ardeur souligne. Ils font à l'école autre chose que ce qu'ils doivent y faire. Ils reçoivent leurs amis communistes et tiennent ensemble des conciliabules. Qu'on les envoie n'importe où, à Moscou si l'on veut !...
L'abbé Briand, qui fut interprète au front pendant la guerre et qui montre accroché au toit du clocher de son humble église un drapeau tricolore, se défend d'avoir jamais voulu «monter une cabale contre l'école laïque.» Au contraire, nous dit-il en souriant, j'ai conseillé aux enfants la fréquentation scolaire, le respect de leurs maîtres... Mais, saisi des doléances de certaines familles et, en présence des propos très graves que tenaient les deux maîtres à l'égard de la patrie, de la famille et de la religion, j'ai cru de mon devoir d'avertir toutes nos familles du haut de la chaire. C'était le jour de l'Ascension, l’année dernière... 
Nouveau récit. L'abbé se justifie d'être en possession de certains documents, notamment de circulaires communistes, rédigées en allemand et datées de Moscou, à propos de quoi il fut accusé par les Bouët d'avoir «espionné leur enseignement : 
— Ces papiers ont été ramassés dans la corbeille à charbon de l'école par des enfants qui me les ont apportés. Tenez, les voici…

A l'école 

Nous trouvons Mme et M. Bouët, avant l'heure de la classe, dans leur bureau rempli de brochures et de bulletins. Nous sommes frappé de la ressemblance que nous parait présenter M. Bouët avec M. Clamamus, député-maire de Bobigny. Mme Bouet nous expose «la situation». 
— Une campagne de curé !... Rien de vrai dans les soi-disant propos » !... Nous avons des élèves. Et on nous déplace, pour 1'Evêque
— Un endroit, interrompt Bouet, encore plus clérical qu'ici !... Nous avons rejeté ce déplacement d'office, par lettre au ministère, en invoquant l'insuffisance du dossier où manquent certaines pièces... Nous ne referons d'ailleurs pas l'expérience, car voilà vingt mois que nous luttons ici pour gagner le terrain pied à pied...
M. Bouët, qui fut secrétaire du syndicat unitaire, est resté rédacteur à des publications du parti, Il nous remet des feuilles où l'affaire est longuement développée On nous a même reproché d'avoir dit que «dans les casernes il n'y a pas de cabinets»... et aussi d'avoir répété que «les curés sont des gourmands»… Comme si nous avions pu dire ça !...
— Qu'allez-vous faire ?
— Nous restons!
— Et si vos remplaçants sont nommés ?
— Nous verrons…
— Mais, monsieur, ajoute Mme Bouët, vous allez nous faire le plaisir d'accepter de déjeuner avec nous? A la fortune du pot…
Nous devons à la vérité de dire qu'à l'Auberge de la Gare, où nous avions déjeuné avant de passer à l'école, Mme Gillardot, dont les deux enfants reçurent l'enseignement des époux Bouět, s'en déclare satisfaite, et que Mme Lepen, garde-barrière, nous fait des compliments de Mme Bouët et de son mari. Mais, par contre, nombre d'autres personnes, que nous avons vues, nous ont dit : Les Bouët n'ont que trois ou voire quatre familles pour eux... Des voisins ou des communistes, car il y en a mintenant quelques-uns dans village...

 

 


  retour 07 octobre 1926